Flash fiction inspirée par vous

La journée est particulière. Il a neigé, chose rarissime. Pas quelques flocons épars, non, une neige permanente qui a recouvert le toit des voitures et les trottoirs.

L’œil collé à la fenêtre, elle observe le paysage qui blanchit et s’inquiète. Pourra-t-elle rentrer chez elle sans problème ? Plus les heures passent et plus elle en doute.

Lorsqu’elle arrive au RER, elle pousse un soupire de soulagement : un train est en gare. Il est certes bondé, mais elle monte. Après un long moment d’incertitude, la rame se met en branle. Elle sourit intérieurement. Bien joué !

Tranquillisée, elle se laisse emmener jusqu’à sa destination.

Les flocons ont donné naissance à une épaisse couche de neige. Certains regardent par la fenêtre du train et râlent, d’autres s’extasient. La neige en agglomération fait cet effet là : elle ravit ou déprime.

Enfin, elle arrive. Les quais ne sont pas dégagés ; elle avance précautionneusement pour ne pas glisser. Devant, un groupe de touristes s’amuse. Il secoue les arbres couverts de neige et rie aux éclats.  Elle se demande si dans le fond, ce ne sont pas ces gens qui ont raison. Prendre les choses du bon côté, profiter du moment, replonger en enfance… oui, elle aimerait bien. Malheureusement, la vie lui a enlevé son âme d’enfant. Dans son existence d’aujourd’hui, la neige n’est plus la bienvenue. Elle n’est plus synonyme d’émerveillement ou d’amusement. Elle est désormais associée à la gadoue, aux trottoirs glissants, au froid,  à l’humidité… et aux problèmes de transport.

La voilà sortie de la gare. Elle file vers son arrêt de bus. Déserté, elle attend un moment sans rien voir venir.

Une voiture qui roule au pas, se gare devant elle ; un homme en descend.

— Cela ne sert à rien d’attendre, plus aucun bus ne circule.

— Vous en êtes sûr ?

— Positivement. Si vous habitez dans le coin, je peux vous rapprocher.

L’homme qui lui parle est de ceux qui n’existent que dans les livres romantiques ou les films. Son allure est élégante, son regard captivant, son sourire à tomber.

— A dix minutes.

D’un geste de la main, il désigne un 4×4.

— Je ramène aussi ces naufragés. Si cela vous dit…

— Vous travaillez pour la compagnie de bus ?

— Non, madame.

— Alors vous êtes une sorte de bon samaritain ?

Il sourit plus largement, son cœur s’affole. La panique a laissé la place à un sentiment bien différent, qui lui réchauffe les joues et tout le corps.

— En quelque sorte. J’ai une voiture alors si je peux aider.

Elle hésite mais pas bien longtemps.

— D’accord, c’est gentil. Merci beaucoup.

Lorsqu’elle lui révèle où elle habite, il lui décoche un regard perçant.

— J’y réside aussi.

Elle baisse les yeux pour qu’il ne s’aperçoive surtout pas à quel point elle est troublée. Et pendant tout le trajet, qui par chance se fait à vitesse très réduite, elle se surprend à remercier la nature d’avoir envoyé un peu de neige dans sa vie.

 

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