Flash Fiction inspirée par vous

Elle, c’est une vaillante. Une femme courageuse à bien des égards. Une femme que beaucoup trouvent admirable.

Pourtant, elle ne se sent pas vraiment brave. Au contraire, elle se considère comme un poids, un problème. Elle fait retarder le départ des trains et des bus. Elle ennuie son monde aussi. Le personnel en station, le chauffeur de bus… elle voit parfois leur tête déconfite, elle entend leurs soupirs. Ils ne sont pas tous comme ça, fort heureusement, mais c’est comme pour tout, seuls ceux qui la fusillent du regard la marquent.

Et puis il y a les autres, les voyageurs, ceux qui, comme elle, prennent les transports en commun pour se rendre sur leur lieu de travail. Eux aussi font la tête lorsqu’ils l’aperçoivent. Il faut dire qu’elle prend pas mal de place, ce qui les oblige à se pousser, s’écarter, se déplacer ; fatalement, certains ronchonnent.

Quelquefois, elle cherche à capter un regard plus amical qu’un autre, et offre un petit sourire contrit. Elle s’excuse. Mais de quoi ? De vouloir mener la même vie que tout le monde ? De vouloir continuer ce travail qu’elle aime profondément, avec ces collègues qui l’acceptent telle qu’elle est, et avec lesquels elle échange, rit, déjeune tous les jours ? A-t-elle  vraiment besoin de s’excuser pour cela ?

Elle sait bien que non, pourtant,à cause de cet homme qui fait la moue, de cette femme qui la regarde de travers, à cause de tous ces silences qui en disent long, elle ne peut pas s’en empêcher.

Evidemment, ils ne lui reprochent son état, si elle se trouve dans ce fauteuil, ce n’est certainement pas de sa faute. Mais ils ne comprennent pas ce qu’elle fait parmi eux. Puisqu’elle est handicapée, ne devrait-elle pas vivre des aides qu’on lui verse, et limiter ses déplacements en des lieux aménagés comme son ascenseur, son immeuble, et la supérette du quartier ?

A-t-elle réellement besoin de venir encombrer ce bus déjà bien plein ou ce RER  bondé  ? Est-ce une nécessité ?

Elle a décidé que oui. Que les regards de travers ou la gêne occasionnée ne comptaient pas.

S’excuser pour les inconvénients, d’accord, demander pardon de vouloir faire plus que simplement survivre, non, elle ne s’y résout pas.

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