Mois : octobre 2017

Flash Fiction

Une fois n’est pas coutume, le RER est blindé. Elle se retrouve debout, serrée, coincée. Autour d’elle, des hommes, des femmes, des jeunes des plus âgés. Ils vont au travail, à l’école, à la fac. Elle, elle va au bureau. Un matin comme tant d’autres.
Quand la porte s’ouvre, ils sont toujours plus nombreux à monter. Elle recule. Bute presque contre un homme, s’excuse. Il sourit gentiment. Et puis le train démarre.
Soudain, elle sent qu’on se colle à elle. Qu’on bouge contre elle. Elle sent une dureté contre ses fesses. Ça insiste. Ça la touche. L’espace dans la rame est limité mais elle essaie quand même de se tourner pour voir qui est derrière elle. Il lui a souri tout à l’heure, à présent, il fuit son regard. Et dès qu’il le peut, il reprend ses mouvements.
Elle comprend son petit jeu et se sent mal.
Très mal.
Elle voudrait le fuir, voudrait se libérer. Chacune de ses tentatives est vouées à l’échec. Il ne la lâche pas. Il se presse encore plus contre elle. Presse son bassin. Presse son entrejambe gonflé .
Personne ne voit rien. Ils ne font pas semblant, ils ne voient vraiment rien. Il est donc peinard. Il peut continuer de s’exciter contre elle. Continuer de la suivre. Elle ne pourra aller nulle part de toute manière. Elle ne pourra rien faire.
Si, elle pourrait. Elle pourrait donner un coup de coude, lui crier après, l’insulter. D’autres plus braves qu’elle l’auraient certainement fait. Elle, elle subit cet assaut matinal et ferme sa gueule.
Vite que le train s’arrête.
Vite qu’elle en sorte.
Les secondes entre les stations sont une éternité. Ouf, la prochaine est la sienne.
Elle s’extraie du wagon aussi vite qu’elle le peut.
Puis elle se retourne.
Rien ne le trahit, ni sur son visage, ni dans son attitude. Il ressemble à tout le monde. Un homme en costume qui prend le train pour aller à son travail.
Est-ce qu’il a une femme ? Une fille ? Une sœur ? Une mère ? Il ne s’est certainement pas posé la question.
Rapidement, elle tourne le dos au train et file chercher les escalators.
Étrange monde où la honte envahit celle qui a subi non pour celui qui a agi.

 

Les gens heureux lisent et boivent du café

Je vous avais dit que je ne comptais pas me limiter à Entre mes mains, le bonheur se faufile, d’Agnès Martin-Lugand.

Je me suis donc lancée dans la lecture de :

Les gens heureux lisent et boivent du café, Agnès Martin-Lugand

Résumé :

” Ils étaient partis en chahutant dans l’escalier. […] J’avais appris qu’ils faisaient encore les pitres dans la voiture, au moment où le camion les avait percutés. Je m’étais dit qu’ils étaient morts en riant. Je m’étais dit que j’aurais voulu être avec eux. ”
Diane a perdu brusquement son mari et sa fille dans un accident de voiture. Dès lors, tout se fige en elle, à l’exception de son cœur, qui continue de battre. Obstinément. Douloureusement. Inutilement. Égarée dans les limbes du souvenir, elle ne retrouve plus le chemin de l’existence. C’est peut-être en foulant la terre d’Irlande, où elle s’exile, qu’elle apercevra la lumière au bout du tunnel.
L’histoire de Diane nous fait passer par toutes les émotions. Impossible de rester insensible au parcours tantôt dramatique, tantôt drôle de cette jeune femme à qui la vie a tout donné puis tout repris, et qui n’a d’autre choix que de faire avec.

Mon avis :

Sur la forme :

J’aime toujours autant l’écriture de Agnès Martin-Lugand. Elle est fluide, moderne, sans lourdeur. Elle est vraiment très agréable, rien à dire là-dessus.

Sur le fond

Les premiers instants m’ont fait penser au roman de mon amie A J Kauffman – Jamais sans vous. L’histoire est en effet celle d’un deuil particulièrement difficile à faire.

Le récit est assez prenant, les personnages attachants, en particulier les secondaires que sont Félix et Judith.

Je mettrais une mention spéciale aux scènes d’affrontement entre Diane et Edward. Leur brutalité, leurs réparties… un vrai plaisir pour la sadique que je suis parfois.

Si l’histoire débute à Paris, elle se poursuit en Irlande. Pour une personne qui aime voyager, en vrai comme au travers d’un livre, ce moment d’évasion fut très sympathique.

Mais je vous avoue que je ne partage pas l’enthousiasme général. D’abord, le personnage de Meghan (dont je comprends objectivement la fonction dans l’histoire) est pour moi très caricatural et peu crédible, ensuite la tournure moins-dans-le-deuil-et-plus-dans l’eau-de-rose que prend le récit est prévisible et un peu décevante. On s’y attend tellement (je l’ai vu venir deux pages après son installation à Mulranny) !

Je regrette que le deuil soit passé au second plan ; de mon point de vue, c’était le plus intéressant.

Les gens heureux lisent et boivent du café reste cependant une histoire sympathique, pleine de bons sentiments, et je pense que Mme Martin-Lugand n’avait pas d’autres prétentions si ce n’est  proposer à ses lecteurs de passer un agréable moment en sa compagnie. Pour le coup, c’est quand même réussi.

J’ai vu qu’il y avait une suite, La vie est facile, ne t’inquiète pas. Le résumé ne me tente pas vraiment, je pense donc en rester là.

Et vous avez-vous lu ce roman ( et peut-être sa suite) ? Qu’en avez-vous pensé ?

Flash Fiction inspirée par vous

L’écran au dessus de l’escalator clignote : “train retardé” , “train supprimé”
Intérieurement, elle soupire. Encore un problème.
Encore un.
A l’instant où elle arrive sur le quai, elle constate l’ampleur des dégâts. Une marée humaine, attend, s’impatiente, râle. Comme un disque rayé qu’elle n’entend que trop souvent, une voix féminine annonce ” en raison… le trafic est interrompu… Restez attentifs aux affichages… Train supprimé…”
La sueur brille sur son front. Son dos commence à lui faire mal. Il faudrait qu’elle s’assoit mais le peu de places disponibles est déjà pris. Alors elle aussi attend, consulte sa montre, et s’inquiète.
Pourra-t-elle monter à bord train ?
C’est qu’elle est comme tout le monde, elle a envie de rentrer pour dîner en famille, embrasser ses enfants et leur lire une histoire. Elle les voit déjà si peu…
Enfin, après une éternité, un premier train entre en gare. Bien qu’ils ignorent tout de sa destination, beaucoup le prennent d’assaut. Elle leur emboîte le pas, monte dans un wagon, cherche la place idéale et s’y installe. De son fauteuil, elle apprend que l’incident est terminé et que le trafic va progressivement reprendre. Soulagée, elle esquisse un sourire, sort son téléphone portable et prévient Jean-Paul qu’ils peuvent l’attendre pour manger.
Et puis…
Et puis la cohue, les gens qui se jettent hors des wagons, sautent sur les voies, pressent le pas. En un clin d’œil, elle se retrouve toute seule. Il ne lui faut pas longtemps pour comprendre qu’elle est dans le mauvais train. Avec fatalisme, elle se lève. Elle ne peut pas courir elle, ni enjamber ou traverser les voies ; elle ne peut que presser le pas. La chaleur inonde son front, s’écoule le long de sa colonne vertébrale, son cœur s’accélère, son souffle se raccourcit. Elle ne s’arrête pas pour autant. Elle aussi voudrait quitter la gare.
Autour d’elle ça pousse, ça court, ça piétine. Si les premiers wagons sont pleins à craquer, il semble qu’en tête, il reste de la place. Elle se dit pourquoi pas ? Elle s’avance, pose un pied sur une marche ; les regards hostiles la font hésiter.
– N’y pense même pas, entend-t-elle formuler. Par qui ? Elle l’ignore. Ils la regardent tous ou presque.
– Il n’y a plus de place, Madame, vous voyez bien.
Pourtant deux jeunes filles montent, la bousculant au passage. Elles se faufilent, trouvent un espace vide et s’y engouffrent. Elles peuvent se le permettre, elles. Elles n’ont pas son embonpoint ni ses kilos en trop. Elles n’ont pas de grosses jambes ni de gros bras. Elles ne sont pas en “surcharge pondérale” comme le dit son diététicien.
Résignée, elle va tenter sa chance plus loin. Hélas, tous les wagons sont devenus des boites à sardines. Elle, c’est un thon, jamais elle ne pourra monter. Écrasée par ces regards qui pèsent sur elle bien plus lourd que ses kilos, elle redresse la tête pour afficher une dignité qu’elle n’éprouve pas, et fait demi tour.
Peut-être que demain, elle pourra lire une histoire à Pierre et Laetitia.
Oui, peut être.

La femme de l’ombre : couverture définitive

Quand j’ai commencé à écrire La femme de l’ombre, j’ai crée une couverture qui a pas mal plu.

Seulement voilà, après mûre réflexion j’ai trouvé qu’elle ne convenait pas. Elle donnait l’impression que l’histoire était un thriller, ce qui n’est pas le cas.

C’est pourquoi j’ai décidé d’en changer. Connaissant mes limites en terme de graphisme et de design de couverture de livres, j’ai fait appel à une pro (vous aurez d’ailleurs remarqué qu’une à une, toutes mes couvertures sont refaites). Je lui ai fourni les photos, lui ai expliqué ce que je voulais… et voilà le résultat :

  

Cette couverture m’a littéralement enchantée. Elle reflète tellement bien l’histoire… Et vous qu’en pensez-vous ? Vous plait-elle ? Dites-moi tout.

Flash fiction inspirée par vous

Tous les matins, cette quinqua au look BCBG s’assied, jambes croisées, à la même place. Sur le siège voisin du sien, elle pose son sac et son manteau pour signifier au monde qu’elle ne veut personne à côté d’elle. Les usagers ne s’en émeuvent pas ; il est encore très tôt et la rame de RER est quasiment vide.

Deux arrêts plus loin, elle retire rapidement ses affaires pour permettre à son amie de s’asseoir. Après une bise, les premiers mots, les premières confidences ; les premiers rires. Depuis toujours, elles sont complices, présentes l’une pour l’autre. À leur mariage respectif. À la naissance de leurs enfants. Quand l’une a perdu son emploi il y a quatre ans. Quand l’autre à enterré sa mère l’an dernier. Quand elle a eu son cancer du sein aussi. Plus loin dans le temps, elles étaient là lorsque chacune a eu ses premiers émois d’adolescente. Lorsqu’elles ont passé les examens de fin d’année. Leur amitié est de celles qui durent toute une vie.
Et comme elles le faisaient alors pour être sûres d’être assises l’une à côté de l’autre, elles se gardent la place. Ainsi, elles pourront papoter et rire pendant tout le trajet. Certes leur peau trahit le passage des années, mais pour le reste, elles ont toujours 15 ans.

Amazon : Je laisse un commentaire ou non ?

De l’importance des commentaires laissés sur Amazon

Vous êtes certainement dans le même cas que moi : lorsque vous avez acheté livre numérique via Amazon, vous êtes invités à colorier des étoiles et à laisser un commentaire. Le faites-vous ?

Il fut un temps où je passais mon chemin sans me retourner.  Désormais, je prends systématiquement le temps d’écrire quelques mots sur le livre que je viens de finir.

Pourquoi ?

Parce que je suis également autrice et que je sais à quel point les commentaires laissés sur Amazon sont importants pour les auteurs. Alors bien sûr, cette importance est relative. Si vous êtes Guillaume Musso, Gilles Legardinier, Bernard Werber ou Agnès Ledig (pour ne citer qu’eux), vous êtes arrivés à un stade où vous n’avez plus besoin d’avoir plein d’étoiles et une foule d’avis. Cela ne signifie pas que l’opinion de vos lecteurs ne compte pas non, simplement, votre succès et votre visibilité ne dépendent plus de ça.

En revanche, si vous n’avez aucune notoriété ou si celle-ci est à l’état embryonnaire, les commentaires de lecteurs sont primordiaux. D’abord, ils montrent que des gens se sont intéressés à votre travail. Ensuite, ils permettent de savoir si ce dernier a plu ou non.

Vous savez, on dit souvent que le plus difficile est d’écrire un livre. Peut-être vous-même pensez-vous ainsi. En réalité, le plus compliqué c’est de se rendre visible. L’auteur issu de l’autoédition ou d’une petite maison d’édition est la plupart du temps comme un arbuste au milieu d’une forêt de conifères. Invisible. Noyé dans la masse. Il peut agiter les bras et crier « coucou je suis là ». Il peut abreuver les réseaux sociaux de « achetez mon livre » ou publier sa prose et croire que tout naturellement son talent va sauter aux yeux du monde… Comme dirait ma mère, compte dessus et bois de l’eau.

Rien de cela ne fonctionne.

Non. Les règles du jeu ont changé, les rôles se sont inversés. Ce n’est plus au lecteur d’aller chercher quoi lire. C’est au livre de se présenter à lui et de le séduire. S’il a une superbe couverture, un titre accrocheur, un résumé qui fait envie, il aura plus de chances que d’autres, mais l’affaire n’est pas faite pour autant. Parce qu’il a le choix, le lecteur va s’intéresser aussi aux commentaires laissés sur l’ouvrage qui lui fait de l’œil.

Comment je le sais ? Parce que je suis une lectrice moi aussi. Et je vois comment je me comporte. S’ils ne sont pas décisifs, je reconnais que les avis des autres impactent quand même ma décision d’achat. Plus ils sont nombreux et positifs (sans être trop dithyrambiques, sinon je me méfie), plus je suis susceptible d’acheter le livre.  Moins il y en a, plus grande est ma tentation d’aller voir ailleurs.

Très honnêtement, je doute d’être la seule à agir de cette manière. Vous par exemple, comment choisissez-vous votre lecture ? Peut-être les yeux fermés s’il s’agit de l’un de vos auteurs préférés, ou d’une recommandation, mais sinon ? Vous laissez-vous influencer (même en partie) par le nombre et la qualité des avis que les autres ont laissés ? Sautez-vous dans l’inconnu à pieds joints ou préférez-vous avoir un filet (même mince) ?

Si vous êtes comme moi, alors il est heureux que d’autres personnes aient pensé à donner leur opinion.

Soyez certains que la vôtre compte tout autant. Sans le savoir, vous pourriez-être celle ou celui qui redonnera de l’espoir à un auteur découragé, sur le point d’abandonner. Ou vous pourriez aider un lecteur hésitant à sauter le pas. Qui sait à côté de quelle belle histoire, sans vous, il aurait pu passer ?

Alors la prochaine fois que vous terminez un livre, surtout s’il vous a plu, ne négligez pas cette invitation d’Amazon. Acceptez de laisser ces quelques mots qui peuvent tout changer.  Ils sont d’une grande, d’une très grande valeur.

Flash fiction inspirée par vous

À peine les portes s’ouvrent-elles qu’elle fonce. Cette place, elle l’a repérée avant tout le monde. Et elle l’a veut. À croire qu’elle n’a jamais rien convoité d’autre avec autant d’ardeur.
Elle y est.
D’un geste lourd, comme si elle portait sur ses épaules le poids de la misère du monde, elle s’effondre sur le strapontin.
Nous sommes lundi matin, elle est déjà épuisée.
Ni une ni deux, elle dégaine son téléphone portable et ouvre son application favorite. Elle se sent comme à la maison, prête à reprendre la partie qu’elle a dû suspendre en descendant de son bus.
Devant ses yeux captivés, des bonbons multicolores explosent en combo et super combo. La fièvre gagne ses doigts. Ce niveau est à portée de touche. Vraiment.
Premier arrêt. Elle ne lève pas la tête. L’action est importante. Elle doit finir en conservant ses vies. Il lui en reste deux alors il ne faut surtout pas plaisanter.
Nouvel arrêt.
Quoi ? Elle sent quelque chose frôler ses genoux. Malgré elle, elle détache son regard de sa confiserie virtuelle. Ah, ce n’est rien. Le sac d’un mec qui va à l’école. Pas de quoi la déconcentrer. D’autant qu’elle affronte un autre niveau et qu’elle sent qu’il sera bien plus difficile.
Encore un arrêt. Ce n’est plus un sac mais des jambes qui exercent comme une pression sur ses genoux. Ils la gênent, l’encombrent, l’embarrassent. Elle a envie de râler, elle se contente de décocher une œillade féroce à celui qui empiète largement sur son espace vital. Elle se ravise en croisant d’autres œillades féroces, cette fois dans sa direction. Jouer à faire exploser des lignes de bonbons inexistants est finalement plus intéressant que regarder ce qu’il se passe autour d’elle. Elle baisse u la tête et se focalise sur son écran à cristaux liquides.
A cet arrêt-là, elle sent que ça pousse, que ça soupire et grommelle. Elle sent les regards mécontents. Personne n’ouvre la bouche, mais elle comprend le message. A contrecœur elle arrête son jeu, range son téléphone et ferme les yeux. Elle ne veut pas dormir non, elle souhaite seulement rester dans son cocon, peinarde. Après tout le début de semaine est dur, il faut reprendre le rythme. Elle n’est pas prête à se tenir sur ses jambes comme les autres. Aucun désir de voyager debout, écrasée, comprimée, mal à l’aise. Tant pis si c’est leur cas. Ce n’est pas son problème.
Alors elle feint
Des jambes, des sacs, tout la touche. La rame est remplie. Les yeux mi-clos elle le remarque mais s’en fout.
Arrêt suivant… Zut, elle ne distingue pas le nom de la station. Trop de monde lui masque la vue.
Promptement elle se lève et tend le cou. Oui, c’est là qu’elle descend. Vite, elle attrape son sac.
– Pardon je voudrais sortir.
Elle ne comprend pas pourquoi certains se montrent hostiles. Pourquoi ils ne s’écartent pas davantage pour lui céder le passage.
– Laissez moi sortir s’il vous plaît, s’exclame t elle.
– ‎On fait ce qu’on peut ! claque une quadra prise en sandwich entre deux personnes.
– ‎Vous pourriez pas nous laisser passer ? fulmine t elle encore. C’est quand même pas sorcier !
– T’avais qu’à te lever au lieu de rester le cul assis ! entend-elle fuser dans son dos.
Elle sent son visage flamber, ses joues rosir. Évitant soigneusement tout contact visuel, elle se fraye un chemin tant bien que mal et atterrit sur le quai au moment où la sonnerie de fermeture des portes retentit.
Les gens ! Tous des cons, pense-t-elle très fort avant de se mettre en route.