La suite d'Une femme en errance...

Dans Une femme en errance, vous avez fait la connaissance de Fanny, une jeune femme ordinaire qui, à la suite d’une successions de mauvaises nouvelles, se retrouve sans domicile fixe.

Vous l’avez suivie dans cette épreuve, avez pleuré, tremblé, souffert avec elle.

Vous l’avez quittée au moment où un homme lui tend la main. Allait-elle l’accepter ?

Découvrez aujourd’hui Butterfly, le tome 2 de Fanny, de l’ombre à la lumière.

Dans cette suite, Fanny n’est pas épargnée. Sauvagement agressée, elle se retrouve au bord du gouffre, décidée à en finir avec la vie une bonne fois pour toutes.

C’était compter sans Clément. Auteur-compositeur, Clément est tombé sous le charme de sa voix. Il fera dès lors tout son possible pour la convaincre que sa place est sur une scène, un micro à la main.

Fanny l’écoutera-t-elle ? Acceptera-t-elle les projets un peu fous de ce bénévole au grand cœur ?

Et si, en un battement d’aile, la roue tournait encore ?

 

Lire un extrait

Hiver

Chapitre premier

 Je ne suis plus cette Bleuette dont se moquait Mireille. Je suis devenue un clone de Sandra, une sorte de reine de la débrouille et de la mendicité. Tous les jours, je récolte entre quatre et sept euros, ce qui n’est pas suffisant pour me nourrir correctement, m’acheter des cigarettes et quelques bières. Alors, je fais des choix. La boisson plutôt que le sandwich et les clopes quand je le peux, sinon ce sont des mégots à moitié entamés que je ramasse par terre.

Voilà, la rue m’a eue comme elle a eu tous les autres. Fanny Élancourt est bien devenue une SDF, trois lettres qui résument parfaitement mon existence, faite de solitude, de survie, d’insécurité permanente et de honte. Si je n’ai pas complètement renoncé à m’en sortir, je ne vois rien qui permettrait à la lumière de percer l’ombre de ce long tunnel.

L’espace de quelques heures, j’ai pensé que ce Clément pouvait m’aider. J’avais tellement besoin d’espoir ! Seulement, je me suis raisonnée. Ce qu’il m’offrait n’était que de la poudre aux yeux.  Si je l’avais écouté, aujourd’hui, je serais dans son lit ou dans celui d’un homme qu’il aurait choisi pour moi. Certaines filles acceptent ce marché. Elles échangent leur corps contre un toit ou une protection ; je m’y refuse. Et puis, je n’en ai pas besoin. Je me débrouille très bien toute seule. J’ai la halte femmes et Chez Momo, les parkings souterrains et les bains-douches. Ma vie est merdique, mais je m’en tire.

Il y a quand même des moments où le moral flanche, où je bois un peu plus que de raison et deviens très vulnérable. Quand ça arrive, j’admets qu’avoir quelqu’un sur qui compter serait utile. Cela aurait sans doute évité que pendant mon sommeil éthylique, quelqu’un me fasse les poches. Il m’a volé mon bonnet, mon écharpe, la paire de chaussettes de ski rangée dans mes baskets, et mon téléphone. C’est idiot, mais ce portable représentait mon dernier lien avec ma vie d’avant et surtout, avec ma mère. Maintenant, il est rompu. En y songeant, mes yeux me piquent. Je me suis endurcie oui, sauf pour ce qui la concerne. Elle me manque tellement ! Quand je lui ai raconté, Momo m’a tout de suite proposé de l’appeler depuis la brasserie ; j’en mourrais d’envie et cependant, je n’ai pas pu. Une fois encore, je me suis dégonflée.

Momo et moi sommes devenus amis. Quelquefois, il me fait venir travailler à l’heure de déjeuner et me donne un petit billet. Cette rentrée d’argent supplémentaire est tellement appréciable que je serre les dents lorsque je sens une main frôler mes fesses ou mes jambes. Je ne veux pas que Momo ait des ennuis. Il est déjà bien sympa de me dépanner comme il le fait ! Du coup, quand ça se produit, je prends sur moi et ferme ma gueule. De toute manière, j’ai bien compris que rien n’est jamais gratuit. Pour chaque main tendue, il y a un prix à payer, comme avec ce type qui me proposait cinq euros contre une pipe, ou Maxime, ou Clément.

Cinq mois après mon expulsion, j’en suis donc là. Et le pire reste à venir avec l’hiver, les fêtes de fin d’année et tout le tralala. D’ordinaire, la période m’enchante, à présent, elle m’angoisse. Tous ces gens heureux, ces lumières, ces musiques, ces victuailles ! Je voudrais déjà être à la nouvelle année. Le premier janvier est toujours porteur d’espoir, non ?

***

Noël approche.  À la halte, le ton est donné avec le sapin érigé dans l’entrée. Je passe tous les matins à côté, sans lui accorder d’attention. Je me sers  simplement un café puis scrute la bibliothèque, en quête de nouvelles lectures.

— Ce sera quoi, aujourd’hui ? me demande Émilie toujours présente, chaleureuse et amicale.

— Danielle Steel.

— Tu ne les as pas déjà lus ?

— Si, tous.

— Ah… il y a quelques magazines à disposition, si cela t’intéresse.

— Merci, non.

Je n’ai franchement pas envie de feuilleter des revues où sont vantées les dernières tendances maquillage, les coiffures glamour ou les tenues à porter impérativement pour les fêtes. Au lieu de me faire rêver, elles me blessent, alors, je préfère m’abstenir de poser ne serait-ce qu’un regard sur leur belle couverture.

— J’ai quelques romans de cette autrice à la maison, il faudra que je vérifie.

— Oh ça serait super ! J’aime beaucoup ce qu’elle écrit. Avec ses héroïnes, je m’évade totalement.

— C’est un moyen comme un autre en effet.

Émilie me fait un clin d’œil que je relève à peine. Chacune de nous fuit la réalité comme elle le peut. Moi, c’est dans la lecture en journée et dans l’alcool le soir. D’autres, c’est dans la drogue.

— Je vérifierai.

— Merci, Émilie.

Elle me fait un geste de la main, comme pour me dire que ma gratitude est inutile. Je lui adresse un petit sourire avant de prendre un de mes romans préférés et de m’enfermer dans une bulle d’où je ne ressors plus qu’à la fermeture de la halte.

C’est le moment pour moi de faire la manche. De toute manière, il est trop tôt pour que j’aille me réfugier dans le parking. À cette heure, les gens viennent récupérer leur voiture et j’ai toujours la trouille de tomber sur un connard. Alors, je marche dans les rues, la main tendue, un sourire de façade sur les lèvres.

— Bonsoir, monsieur, vous n’auriez pas un petit peu de monnaie ?

Celui-ci ne me regarde même pas et trace sa route.

— Bonsoir, madame, vous n’auriez pas une pièce ou deux ?

— Non, désolée.

— Bonsoir monsieur…

Après un moment que je juge bien trop long, je m’arrête et fais les comptes : sept euros et quarante-deux cents. Je me demande qui a bien pu me donner ces deux cents… sans doute quelqu’un qui a vidé ses poches. Peu importe, cela me permettra de manger un kebab ou un hamburger. Pas de quoi saliver, mais cette nourriture a l’avantage d’être bon marché. De toute manière, depuis que Sandra est partie, je ne me prends plus la tête à faire des courses. À quoi bon ?

Sandra. Comme tous les soirs au moment de me coucher, je songe à elle et à Lucky. Comment vont-elles ? Est-ce que la cohabitation avec ses parents se passe bien ? Est-ce qu’elles sont enfin heureuses ? Le tapis de sol déplié, je retire mes chaussures, noue les lacets entre eux et les attache à l’une des sangles de mon sac. Je garde mon pantalon et mon tee-shirt, mais enlève mes chaussettes et entre dans mon duvet, la licorne en peluche qu’elle m’avait offerte bien calée entre mes bras. Est-ce qu’au moins, elles se souviennent de moi ?

Ecouter la chanson Butterfly

Chanson écrite par Maude Perrier et interprétée par Luna

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