Catégorie : Flash fiction

Flash Fiction inspirée par vous

Depuis l’enfance, elle avait le sommeil si lourd que rien, jamais, ne venait le perturber. Ni l’orage, ni le tonnerre, ni les klaxons des voitures. Depuis toujours, contrairement à ses sœurs, ses nuits étaient paisibles.

Pas étonnant alors que le jour où elle a appris sa grossesse, elle ait paniqué. Et si son enfant pleurait ? S’il la réclamait ? S’il avait faim, soif ou pire, s’il était malade ? Est-ce qu’elle l’entendrait ?

Terrifiée à l’idée que son sommeil ne serait même pas troublé par les appels de son bébé, elle avait pleuré dans les bras de sa maman.

“Quel genre de mère serai-je si je n’entends même pas les cris de mon enfant ?”

Avec un sourire qui en disait long, sa mère l’avait rassurée. Elle, pourtant, avait continué de douter, et de craindre comme jamais ces nuits au sommeil trop profond.

Depuis qu’elle a donné naissance à Aurélie, elle a la réponse. Et tandis qu’elle dénoue son écharpe, la roule en boule et la coince entre la vitre du RER et sa tête pour terminer sa nuit, elle se rappelle les paroles de sa mère et sourit.

” Maman c’est bien toi qui avais raison. “

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Invisible.

Elle ne pensait pas l’être. Après tout, elle se met au même endroit tous les jours de la semaine. Là, à une intersection, en plein milieu du couloir. Impossible de ne pas la remarquer.

Elle… plutôt elles, car sa fille l’accompagne. Pas tout le temps, mais souvent.

Elle l’avait dans les bras il y a quelques années, aujourd’hui, elle est assise à côté d’elle.

Toutes les deux échangent quelques mots.

Aucune ne dérange ou n’importune.

Aucune n’a de pancarte, ne gémit, n’interpelle.

Elles sont simplement là, au milieu du couloir.

Ce qui les trahit ? Leur position incongrue, et le petit gobelet posé devant elles.

Mais apparemment, personne ne voit rien.

Le flot ininterrompu passe à côté d’elles. Personne ne s’arrête. Pas un ne leur lance un regard.

Elles ne disent rien ; elles ne se le permettraient pas. Elles savent que les gens sont pressés d’aller au travail.

Elles savent aussi que dans le métro, les sollicitations sont sans arrêt. Et elles ont bien conscience que beaucoup galèrent. Un euro pour elles, serait un euro de moins pour eux. Qu’ils le préfèrent dans leur poche plutôt que dans ce gobelet est bien normal.

Et puis…

Et puis une étincelle. Une femme qui s’approche, un sourire qui s’échange, une main qui sort un porte-monnaie.

La gratitude traverse les regards, les remerciements sont sincères.

Invisibles ?

Finalement non, pas pour tout le monde.

 

Flash Fiction

Une fois n’est pas coutume, le RER est blindé. Elle se retrouve debout, serrée, coincée. Autour d’elle, des hommes, des femmes, des jeunes des plus âgés. Ils vont au travail, à l’école, à la fac. Elle, elle va au bureau. Un matin comme tant d’autres.
Quand la porte s’ouvre, ils sont toujours plus nombreux à monter. Elle recule. Bute presque contre un homme, s’excuse. Il sourit gentiment. Et puis le train démarre.
Soudain, elle sent qu’on se colle à elle. Qu’on bouge contre elle. Elle sent une dureté contre ses fesses. Ça insiste. Ça la touche. L’espace dans la rame est limité mais elle essaie quand même de se tourner pour voir qui est derrière elle. Il lui a souri tout à l’heure, à présent, il fuit son regard. Et dès qu’il le peut, il reprend ses mouvements.
Elle comprend son petit jeu et se sent mal.
Très mal.
Elle voudrait le fuir, voudrait se libérer. Chacune de ses tentatives est vouées à l’échec. Il ne la lâche pas. Il se presse encore plus contre elle. Presse son bassin. Presse son entrejambe gonflé .
Personne ne voit rien. Ils ne font pas semblant, ils ne voient vraiment rien. Il est donc peinard. Il peut continuer de s’exciter contre elle. Continuer de la suivre. Elle ne pourra aller nulle part de toute manière. Elle ne pourra rien faire.
Si, elle pourrait. Elle pourrait donner un coup de coude, lui crier après, l’insulter. D’autres plus braves qu’elle l’auraient certainement fait. Elle, elle subit cet assaut matinal et ferme sa gueule.
Vite que le train s’arrête.
Vite qu’elle en sorte.
Les secondes entre les stations sont une éternité. Ouf, la prochaine est la sienne.
Elle s’extraie du wagon aussi vite qu’elle le peut.
Puis elle se retourne.
Rien ne le trahit, ni sur son visage, ni dans son attitude. Il ressemble à tout le monde. Un homme en costume qui prend le train pour aller à son travail.
Est-ce qu’il a une femme ? Une fille ? Une sœur ? Une mère ? Il ne s’est certainement pas posé la question.
Rapidement, elle tourne le dos au train et file chercher les escalators.
Étrange monde où la honte envahit celle qui a subi non pour celui qui a agi.

 

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L’écran au dessus de l’escalator clignote : “train retardé” , “train supprimé”
Intérieurement, elle soupire. Encore un problème.
Encore un.
A l’instant où elle arrive sur le quai, elle constate l’ampleur des dégâts. Une marée humaine, attend, s’impatiente, râle. Comme un disque rayé qu’elle n’entend que trop souvent, une voix féminine annonce ” en raison… le trafic est interrompu… Restez attentifs aux affichages… Train supprimé…”
La sueur brille sur son front. Son dos commence à lui faire mal. Il faudrait qu’elle s’assoit mais le peu de places disponibles est déjà pris. Alors elle aussi attend, consulte sa montre, et s’inquiète.
Pourra-t-elle monter à bord train ?
C’est qu’elle est comme tout le monde, elle a envie de rentrer pour dîner en famille, embrasser ses enfants et leur lire une histoire. Elle les voit déjà si peu…
Enfin, après une éternité, un premier train entre en gare. Bien qu’ils ignorent tout de sa destination, beaucoup le prennent d’assaut. Elle leur emboîte le pas, monte dans un wagon, cherche la place idéale et s’y installe. De son fauteuil, elle apprend que l’incident est terminé et que le trafic va progressivement reprendre. Soulagée, elle esquisse un sourire, sort son téléphone portable et prévient Jean-Paul qu’ils peuvent l’attendre pour manger.
Et puis…
Et puis la cohue, les gens qui se jettent hors des wagons, sautent sur les voies, pressent le pas. En un clin d’œil, elle se retrouve toute seule. Il ne lui faut pas longtemps pour comprendre qu’elle est dans le mauvais train. Avec fatalisme, elle se lève. Elle ne peut pas courir elle, ni enjamber ou traverser les voies ; elle ne peut que presser le pas. La chaleur inonde son front, s’écoule le long de sa colonne vertébrale, son cœur s’accélère, son souffle se raccourcit. Elle ne s’arrête pas pour autant. Elle aussi voudrait quitter la gare.
Autour d’elle ça pousse, ça court, ça piétine. Si les premiers wagons sont pleins à craquer, il semble qu’en tête, il reste de la place. Elle se dit pourquoi pas ? Elle s’avance, pose un pied sur une marche ; les regards hostiles la font hésiter.
– N’y pense même pas, entend-t-elle formuler. Par qui ? Elle l’ignore. Ils la regardent tous ou presque.
– Il n’y a plus de place, Madame, vous voyez bien.
Pourtant deux jeunes filles montent, la bousculant au passage. Elles se faufilent, trouvent un espace vide et s’y engouffrent. Elles peuvent se le permettre, elles. Elles n’ont pas son embonpoint ni ses kilos en trop. Elles n’ont pas de grosses jambes ni de gros bras. Elles ne sont pas en “surcharge pondérale” comme le dit son diététicien.
Résignée, elle va tenter sa chance plus loin. Hélas, tous les wagons sont devenus des boites à sardines. Elle, c’est un thon, jamais elle ne pourra monter. Écrasée par ces regards qui pèsent sur elle bien plus lourd que ses kilos, elle redresse la tête pour afficher une dignité qu’elle n’éprouve pas, et fait demi tour.
Peut-être que demain, elle pourra lire une histoire à Pierre et Laetitia.
Oui, peut être.

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Tous les matins, cette quinqua au look BCBG s’assied, jambes croisées, à la même place. Sur le siège voisin du sien, elle pose son sac et son manteau pour signifier au monde qu’elle ne veut personne à côté d’elle. Les usagers ne s’en émeuvent pas ; il est encore très tôt et la rame de RER est quasiment vide.

Deux arrêts plus loin, elle retire rapidement ses affaires pour permettre à son amie de s’asseoir. Après une bise, les premiers mots, les premières confidences ; les premiers rires. Depuis toujours, elles sont complices, présentes l’une pour l’autre. À leur mariage respectif. À la naissance de leurs enfants. Quand l’une a perdu son emploi il y a quatre ans. Quand l’autre à enterré sa mère l’an dernier. Quand elle a eu son cancer du sein aussi. Plus loin dans le temps, elles étaient là lorsque chacune a eu ses premiers émois d’adolescente. Lorsqu’elles ont passé les examens de fin d’année. Leur amitié est de celles qui durent toute une vie.
Et comme elles le faisaient alors pour être sûres d’être assises l’une à côté de l’autre, elles se gardent la place. Ainsi, elles pourront papoter et rire pendant tout le trajet. Certes leur peau trahit le passage des années, mais pour le reste, elles ont toujours 15 ans.

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À peine les portes s’ouvrent-elles qu’elle fonce. Cette place, elle l’a repérée avant tout le monde. Et elle l’a veut. À croire qu’elle n’a jamais rien convoité d’autre avec autant d’ardeur.
Elle y est.
D’un geste lourd, comme si elle portait sur ses épaules le poids de la misère du monde, elle s’effondre sur le strapontin.
Nous sommes lundi matin, elle est déjà épuisée.
Ni une ni deux, elle dégaine son téléphone portable et ouvre son application favorite. Elle se sent comme à la maison, prête à reprendre la partie qu’elle a dû suspendre en descendant de son bus.
Devant ses yeux captivés, des bonbons multicolores explosent en combo et super combo. La fièvre gagne ses doigts. Ce niveau est à portée de touche. Vraiment.
Premier arrêt. Elle ne lève pas la tête. L’action est importante. Elle doit finir en conservant ses vies. Il lui en reste deux alors il ne faut surtout pas plaisanter.
Nouvel arrêt.
Quoi ? Elle sent quelque chose frôler ses genoux. Malgré elle, elle détache son regard de sa confiserie virtuelle. Ah, ce n’est rien. Le sac d’un mec qui va à l’école. Pas de quoi la déconcentrer. D’autant qu’elle affronte un autre niveau et qu’elle sent qu’il sera bien plus difficile.
Encore un arrêt. Ce n’est plus un sac mais des jambes qui exercent comme une pression sur ses genoux. Ils la gênent, l’encombrent, l’embarrassent. Elle a envie de râler, elle se contente de décocher une œillade féroce à celui qui empiète largement sur son espace vital. Elle se ravise en croisant d’autres œillades féroces, cette fois dans sa direction. Jouer à faire exploser des lignes de bonbons inexistants est finalement plus intéressant que regarder ce qu’il se passe autour d’elle. Elle baisse u la tête et se focalise sur son écran à cristaux liquides.
A cet arrêt-là, elle sent que ça pousse, que ça soupire et grommelle. Elle sent les regards mécontents. Personne n’ouvre la bouche, mais elle comprend le message. A contrecœur elle arrête son jeu, range son téléphone et ferme les yeux. Elle ne veut pas dormir non, elle souhaite seulement rester dans son cocon, peinarde. Après tout le début de semaine est dur, il faut reprendre le rythme. Elle n’est pas prête à se tenir sur ses jambes comme les autres. Aucun désir de voyager debout, écrasée, comprimée, mal à l’aise. Tant pis si c’est leur cas. Ce n’est pas son problème.
Alors elle feint
Des jambes, des sacs, tout la touche. La rame est remplie. Les yeux mi-clos elle le remarque mais s’en fout.
Arrêt suivant… Zut, elle ne distingue pas le nom de la station. Trop de monde lui masque la vue.
Promptement elle se lève et tend le cou. Oui, c’est là qu’elle descend. Vite, elle attrape son sac.
– Pardon je voudrais sortir.
Elle ne comprend pas pourquoi certains se montrent hostiles. Pourquoi ils ne s’écartent pas davantage pour lui céder le passage.
– Laissez moi sortir s’il vous plaît, s’exclame t elle.
– ‎On fait ce qu’on peut ! claque une quadra prise en sandwich entre deux personnes.
– ‎Vous pourriez pas nous laisser passer ? fulmine t elle encore. C’est quand même pas sorcier !
– T’avais qu’à te lever au lieu de rester le cul assis ! entend-elle fuser dans son dos.
Elle sent son visage flamber, ses joues rosir. Évitant soigneusement tout contact visuel, elle se fraye un chemin tant bien que mal et atterrit sur le quai au moment où la sonnerie de fermeture des portes retentit.
Les gens ! Tous des cons, pense-t-elle très fort avant de se mettre en route.

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Voilà cinquante deux ans que la vie les a réunis. Ils sont tombés amoureux, se sont mariés, ont eu des enfants. Leur existence a été relativement douce. Longtemps, elle les a épargnés. Aujourd’hui, leurs petits ont quitté le nid. Un dans le sud, l’autre hors des frontières.
Ils appellent quelquefois pour prendre des nouvelles. Trop peu souvent.
Ce silence cependant, est pour eux un vrai soulagement.
Voyez-vous, ils détestent mentir.
Mais comment faire autrement ?
Comment pourraient-ils annoncer à leurs fils qu’ils sont souvent dehors dès l’aube et qu’ils restent là, sur ce banc, sur ce trottoir du 17ème arrondissement de Paris ? Comment pourraient-ils leur avouer qu’ils attendent que quelqu’un réponde à ce cri du cœur, écrit en blanc sur une petite valise à roulettes bleue ? “Accepte tout travail”.
Ils en sont incapables. Qu’ils soient heureux, c’est le principal.
Eux font avec, ils en ont vu d’autres. Ils savent que la vie peut être une garce.
Et puis ils ne sont pas si à plaindre. Beaucoup sont seuls, ils sont deux.
Lui est là pour ouvrir son bras maigre et fatigué, et lui permettre de poser sa joue désormais ridée contre son épaule. Elle, pour le rassurer. Elle lui avait juré “dans la richesse comme dans la pauvreté”, elle ne faillira pas. Jusqu’au bout elle restera.
Et puisque personne d’autre ne semble se préoccuper de leur sort, puisque les gens passent devant eux sans lever la tête de leur téléphone, puisque pas un ne s’étonne de voir ce vieux couple mendier du travail plutôt que profiter de la retraite, ils ont compris que c’est bien là, la seule et unique chose qui compte.

Flash fiction inspirée par vous

Pour ma première tentative, une flash fiction inspirée par une jeune fille assise dans le train juste en face de moi.

 

Son visage est légèrement baissé, ses yeux sont clos. À l’heure où ses frères et ses parents dorment encore, elle se trouve là, juste en face de moi, dans ce train en direction de la capitale. Sur ses fragiles épaules, le poids des attentes d’un si grand nombre de personnes !
Étudier pour faire mieux qu’eux.
Étudier pour les rendre fiers.
Étudier et réussir.
Et puis l’arrivée en station. C’est là qu’elle descend.
Qu’elle devrait descendre.
Elle ouvre un œil, hésite à peine. Aujourd’hui comme hier, les portes se refermeront sans qu’elle ait bougé.
Son rêve est trois arrêts plus loin.
Cette fois, elle y est. Elle frotte ses yeux, se lève rapidement et se presse hors du train.
Comme chaque matin, elle court, arrive à destination. Pousse une porte discrète. Plonge dans une obscurité bienfaisante.
Le chemin, elle le connait par cœur. Les émotions la happent.
D’abord le stress et ses vêtements qui lui donnent trop chaud. Puis ses jambes qui se transforment en coton lorsqu’elle gravit les trois marches en bois.
Et soudain, son cœur qui menace de perforer sa poitrine. L’euphorie qui lui donne la chair de poule.
Elle sourit de bonheur.
Elle ne se trompe pas. C’est bien ici qu’est sa place., sur les planches et non dans un amphithéâtre universitaire.
Un jour elle expliquera tout ça à sa famille. Elle lui montrera ce qu’elle peut faire.
Et elle espère, oui, elle espère, qu’au tombé de rideau, des applaudissements nourris accueilleront sa représentation.