Comment j’ai écrit un roman en moins de 30 jours

Sur Internet, fleurissent les promesses d’écrire un roman en 30 jours, en 60 jours, en 90 jours… et si je vous confiais qu’il y a un roman que j’ai écrit en 15 jours ? Vous avez bien lu, 15 !! J’ai mis quinze autres jours à le relire et le corriger et à la fin, du mois, je l’ai publié.

Alors certes, ce n’est pas le plus long roman que j’ai écrit (il n’a “que” 421 pages au format Kindle, 60 000 mots environ ) ni le plus intense, mais il a été celui que j’ai écrit le plus rapidement.

Ce roman, c’est Le choix de sa vie ; en réalité, mon tout premier publié sous le nom de Maude Perrier.

  

Dans cet article, je vous dis tout sur comment je suis parvenue à écrire un roman en moins de 30 jours !!

Tout a commencé par une prise de conscience. J’avais très jeune, écrit une histoire qui aujourd’hui est publiée sous le titre “Une rencontre inattendue“. Lorsque j’ai décidé fin 2014, de renouer avec mes vieux rêves d’écriture, j’ai repris ce roman, l’ai relu et me suis aperçue des incohérences et de tout un tas de petites choses qui faisaient que cette histoire tenait à moitié la route.

De cette expérience, j’ai tiré une conclusion : écrire au fil de la plume n’était pas bon pour moi. C’est vrai, j’avais écrit Une rencontre inattendue en me laissant entièrement guider par les personnages. J’avais une vague idée de la fin et de certains moments, mais tout était dans ma tête, nulle part ailleurs…. grosse erreur, d’autant que je n’avais pas choisi d’écrire quelque chose de simple : une maman en deuil, suicidaire, un petit garçon atteint du Sida victime d’expériences médicales, un “agent secret”, un séjour à Rio d’abord puis à New York et jusque dans une réserve Indienne…. bref, j’ai multiplié les difficultés à une époque qui plus est, où toutes mes recherches se faisaient en bibliothèque.

Consciente donc qu’il me fallait faire autrement pour Le choix de sa vie, je me suis résolue à faire un plan. Pas quelque chose de très détaillé, mais une véritable trame quand même, avec un début, une fin, et tout ce qui se passerait d’important entre les deux. J’ai également fait une présentation de mes personnages principaux : à quoi ils ressemblaient,où ils vivaient, quelle était leur histoire.

Ensuite, je suis partie de ce que je voulais écrire. Et là, c’était pour moi une évidence. Quand j’étais plus jeune, j’étais une fan d’une série américaine qui s’appelait Côte Ouest. Pour celles et ceux qui n’ont pas eu la chance de la connaître, je vous laisse lire le synopsis proposé par Wikipédia : après 17 ans de séparation, Gary Ewing et son ex-femme Valene ont décidé de reprendre la vie commune. Ils partent se fixer loin de Dallas dans une résidence proche de la mer à Knots Landing, en Californie. À peine installés dans leur nouvelle demeure, ils font la connaissance de leurs voisins, les Fairgate et les Avery. La petite communauté mène une vie plus ou moins paisible… jusqu’à l’arrivée de l’intrigante Abby Fairgate !

Dans cette série, deux personnages m’ont tapé dans l’œil : une jeune femme du nom de Paige Matheson et un intriguant arrogant, cynique multimillionnaire, deux à trois fois plus vieux qu’elle : Greg Sumner. Certes dans Côte Ouest ils n’étaient que secondaires, mais leur histoire d’amour est celle qui m’a le plus enthousiasmée.

C’est vraiment tout naturellement qu’au moment de reprendre la plume, je me suis basée sur eux pour créer Jessica et Christophe. Elle est plus jeune que lui, ils ont eu une liaison, ils travaillent dans la même société, leurs bureaux sont cote à cote et même s’ils ne sont plus ensemble, sous la surface, la flamme n’est pas complètement éteinte.

J’avais donc bien en tête mes héros et l’histoire que je souhaitais leur faire vivre.

Bien sûr, je me suis éloignée de Côte Ouest par la suite, mais tout a commencé de cette manière.

Pour ce qui est de l’univers du roman, je ne me suis pas non plus aventurée en terre inconnue. Travaillant actuellement dans un cabinet d’expertise-comptable, j’en ai fait le décor de mon roman. Je vous rassure tout de suite, il n’y a pas chez moi de promotion canapé  ni de Sébastien, de rouges ou de jaunes, il n’y a aucune guerre frontale ou larvée. Simplement, en me servant d’un milieu familier, j’avais moins de risque de me tromper, d’employer un mauvais langage et d’écrire n’importe quoi.

Concernant les thèmes abordés, en 2015, j’aspirais à parler de choses profondes sous couvert de romance, mais j’étais encore loin de Fanny ou d’Une raison d’espérer. Les évocations se faisaient par touches subtiles (peut-être trop ?). Mon message était davantage “ne pas se fier aux apparences” en ce sens que même si Jessica avait été promue bras droit de Christophe parce qu’elle avait eu une liaison avec lui, il ne fallait pas croire pour autant qu’elle était nulle dans son travail. Bien entendu, du point de vue de ses collègues, c’était injuste et beaucoup lui en ont voulu. Le ressentiment, la jalousie, la rancune les ont aveuglés au point que jamais, ils ne sont allés plus loin, pour voir si leur relation n’était qu’une question de sexe ou s’il y avait de réels sentiments entre Jessica et leur patron.

J’avais aussi tenté d’aborder la question de la maltraitance enfantine sous un angle particulier : cette relation détestable entre Jessica et sa mère, Catherine, provenait de ce qu’enfant, Jessica avait été maltraitée par ses voisins de palier, mais jamais Catherine n’avait voulu la croire (je vous invite à découvrir le bonus Jessica pour lire le pourquoi du comment).

Bref, j’avais donc mes personnages, mon intrigue, mon décor. Je me suis alors fixé deux autres règles : faire un résumé de chaque chapitre pour ne pas me perdre en chemin et déterminer le nombre de mots par chapitre pour que tout soit équilibré

Je vous en ai parlé plusieurs fois ici, j’ai donc fait un tableau avec 21 cases représentant les 21 chapitres que je destinais à cette histoire.

Ensuite, j’ai arrêté mon nombre de mots à 3000. Pourquoi ? Parce qu’en écrivant le premier chapitre, c’est à peu près le nombre qui en est ressorti. (pour d’autres romans, ce sera 2500 voire, pour Une raison d’espérer environ 5 000).

En travaillant en amont de cette manière, je me suis encore plus imprégnée de l’histoire. Il m’arrivait même d’en rêver la nuit ! Du coup, elle devenait claire et très visuelle. J’ai vu l’enterrement du père de Jessica – cette scène qui ouvre le livre, et toutes les scènes qui ont suivi. Les retranscrire par écrit s’est avéré un jeu d’enfant.

Restait malgré tout encore un point important : le temps. À quel moment allais-je bien pouvoir écrire Le choix de sa vie ? Figurez-vous que j’étais tellement dans l’histoire que j’ai saisi toutes les opportunités qui se sont offertes à moi. J’ai principalement écrit sur mon téléphone, en sortant de ma douche, parce que je venais de voir la scène, ou dans les transports en commun (près de 3 heures par jour, ça a fait largement avancer les choses), puis au travail, pendant ma pause déjeuner ou dans des moments de creux. Tout le temps libre dont je disposais a été mis  à contribution. Il faut dire aussi que j’aimais tellement cette histoire que l’écrire était un vrai bonheur ; je n’avais à chaque fois qu’une hâte, m’y remettre.

Enfin, mon style d’écriture, influencé par mes lectures anglo-saxonnes, a facilité la réalisation de ce projet : des phrases courtes, simples, des descriptions, mais pas trop, beaucoup de dialogues, de l’émotion et du réalisme (notamment pour le sort de la voiture de Jessica après son vol dans le parking ou pour la sortie en mer à Saint-Barth).

Je n’avais pas – et n’ai toujours pas, la prétention d’écrire un roman digne d’un prix quelconque, je souhaitais seulement prolonger un peu de ce plaisir que j’avais éprouvé à l’époque où je regardais Côte Ouest en écrivant une histoire avec un type qui cache ses émotions et ses peurs derrière un masque d’arrogance, de suffisance et de cynisme, et cette femme, froide, accro à son travail, qui semble dépourvue de sentiments.

Comme un puzzle, toutes ces pièces se sont imbriquées. En partant de ce que je connaissais et de ce qui m’était familier, j’ai pu, écrire en deux semaines, les 60 000 mots que comporte Le choix de sa vie, et dans l’ensemble, cette histoire, première de la collection Une femme, un destin, vous a plu :

Comments

  1. Karen kazcook says:

    Incroyablement intéressant ! Merci pour toutes ces explications 😁💓

    1. Maude says:

      Merci Karen, je suis heureuse que tu trouves cela intéressant 🙂 c’est encourageant pour la suite.

  2. Simenon bouclait ses romans en une semaine. Et bien que certains déplorent son style, c’est l’un des auteurs français les plus lus à travers le monde. L’écriture est un artisanat avant tout.

    1. Maude says:

      Sur le site officiel de Barbara Cartland, il est dit qu’à la fin de sa vie, elle écrivait un livre tous les quinze jours. Elle est même entrée dans le livre des records car elle a écrit 23 romans en un an !!! Et comme tu le soulignes, même si ses œuvres ou son style sont moqués ou ridiculisés, il n’en demeure pas moins qu’elle a été lue à travers le monde et touché des millions de gens. Merci pour ta réflexion, Sandra.

  3. Agnès says:

    Très intéressant de savoir tout ça !
    D’ailleurs j’ai adoré ce roman comme tant d’autres!
    Bonne continuation.
    Agnès

    1. Maude says:

      Merci Agnès, que vous aimiez les articles que je vous propose (et mes romans) me motive à en écrire plus 🙂

  4. Blaise says:

    Ma femme vous lit. Comme elle en est à plusieurs bouquins, je suis allé voir votre site par curiosité.
    J’écris également. Et utilise KDP pour des traductions d’ouvrages anglophones libres de droits.
    Votre article de méthode est très intéressant. Il se trouve que je me pose la même question (outline or not), j’écris mon 2ème roman et j’avance très lentement (job à côté également).
    Je vais essayer cette technique. L’autre avantage, je suppose, c’est que vous êtes plus encadré, moins angoissé de savoir si vous allez parvenir au bout.
    Je m’y refusais jusqu’à maintenant car j’avais lu Écriture de Stephen King (l’avez-vous lu ?), où il conseillait d’écrire au fur et à mesure, de cette façon comme l’auteur ne sait pas lui-même la suite, il y a fort à parier que le lecteur non plus.
    Il y a peu de temps, j’ai lu une interview de Grisham qui lui, conseillait le contraire. En effet, il a écrit son 1er roman en plusieurs années, sans plan, et c’était très difficile. Il a donc changé de méthode pour le second (la firme, son plus grand succès je crois) en établissant un plan, en suivant un cadre.
    Il y a l’air d’avoir deux écoles, c’est peut-être aussi en fonction de la personnalité de chacun.
    Mais je vais me lancer et essayer votre méthode, pour voir ce que ça donne.
    Toutes mes félicitations pour votre succès en tant qu’autrice auto-éditée, et je souhaite que votre lectorat s’agrandisse encore !

    1. Maude says:

      Wow merci Blaise pour ce partage ! Oui il y a deux méthodes après à chacun de créer un peu la sienne en se servant de ce qui lui convient dans l’une ou l’autre voire les deux. L’argument de Stephen King est très intelligent je trouve mais personnellement je sais que j’ai besoin d’avoir une direction sinon je me prépare à des relectures très difficiles 😀 Merci également pour vos encouragements et bonjour à votre épouse ☺️

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