Menu Fermer

Envie d’évasion ? D’espoir et d’émotion ? De partir en voyage ? 

Il l’a détruite. Aura-t-elle le courage de se reconstruire ? Aux yeux de toute sa famille, Manon est une ratée. Aucun travail intéressant. Aucune vie sentimentale. Rien. Ses parents sont déçus, son fils Thomas, la méprise. Elle-même se déteste depuis que son miroir ne lui renvoie que l’image d’une adolescente, au lit avec son oncle Jean. Traumatisée par les viols qu’elle a subis, Manon ne parvient pas à sortir la tête de l’eau. Mais un billet de Loto gagnant pourrait bien tout changer. Loin de la France, la jeune femme va pour la première fois, être confrontée à son passé. Sera-t-elle assez courageuse pour l’affronter ? Pourra-t-elle avouer à Thomas la vérité sur ses origines ? Sous le charme de Samuel, leur guide de voyage, Manon osera-t-elle en tomber amoureuse ?
N’attendez pas pour découvrir l’histoire de cette femme courageuse qui a été détruite, mais qui, au cœur de l’hiver québécois, va trouver la force de se reconstruire.

Trailer

Avis de lectrices

J'ai vraiment beaucoup aimé l'histoire et l'évocation du Canada. Je n'avais pas envie que ce livre se termine personnages attachants
Brondeau
Super livre , j’ai adoré . L’histoire de Maude et Thomas es triste mais comme quoi tout s’arrange . Une super histoire , je l’ai dévoré . Y aura t’ il une suite ? Je vais lire vos livres .
Client Amazon
Jolie histoire émouvante, et sentimentale, qui donne envie d'aller s'expatrier au Canada ! Ce livre est très fluide à lire.
Client Amazon

Un avant-goût du voyage que vous ferez

Où acheter La fin de l'hiver ?

Prix : 3,99 € – Gratuit avec l’abonnement Kindle Select

Prix : 10,55 €

Lire un extrait

Chapitre premier

La journée commença très mal pour Manon. Suite à un incident d’exploitation, son R.E.R se trouva bondé, si bien qu’à chaque nouvel arrêt, elle fut propulsée un peu plus vers l’arrière, un peu plus écrasée, un peu plus oppressée aussi. Et l’homme contre lequel elle se retrouva projetée ne se gêna pas pour en profiter. Manon le sentit se coller contre elle, et bouger le bassin d’une manière anormale. Elle sentit la dureté d’une érection contre ses fesses ; instantanément, son visage se ferma. Elle essaya de se déplacer, mais dans un wagon plein comme un œuf, elle ne trouva aucune échappatoire. Manon ignorait s’il était jeune ou vieux, s’il était beau ou laid. Elle s’en moquait à vrai dire. Tout ce qu’elle voulait, c’était sortir au plus vite de ce wagon.

Machinalement, elle regarda le panneau d’affichage. Encore deux stations à tenir. Deux stations. À peine cinq minutes, mais cinq minutes qui allaient lui paraître interminables.

Excédée, presque en rage, Manon s’imagina donner à cet inconnu qui l’agressait sans retenue un coup de coude, mais elle n’osa pas. Et de toute manière, elle était bloquée et ne pouvait bouger le bras. Elle eut envie de crier, de l’insulter, de demander de l’aide aussi, mais aucun son ne sortit de sa gorge. Et de toute manière, de ce qu’elle pouvait voir, les gens autour d’elle avaient tous des écouteurs dans les oreilles. Probable qu’aucun ne l’entendrait. Probable aussi que si l’un d’eux venait à l’entendre, il augmenterait le volume de sa musique et ferait comme si de rien n’était.

Alors, tout en se demandant comment un homme pouvait en arriver là à sept heures vingt du matin, elle serra les poings dans les poches de son manteau. Quand l’inconnu poussa le vice jusqu’à poser ses mains sur sa taille pour lui donner de petits coups de reins imperceptibles, sauf pour elle, elle se mordit la lèvre jusqu’au sang et hurla dans son for intérieur. Foutez-moi la paix ! Nom de Dieu, laissez-moi tranquille ! Mais elle n’empêcha pas l’homme de faire exactement ce qu’il voulait. LA FIN DE L'HIVER

Le soulagement ne vint qu’une fois la rame arrivée à sa station. Les larmes aux yeux, elle se fraya à la hâte un chemin parmi la foule indifférente pour s’échapper ; dès qu’elle se retrouva sur le quai, elle se tourna pour mettre un visage sur celui qui avait transformé ses quinze minutes de train en enfer. Avant que les portes ne se referment, elle eut seulement le temps de voir le visage impassible et le regard excité d’un homme considérablement âgé. Son estomac se noua ; elle retint à grand-peine la nausée qui menaçait de jaillir d’entre ses lèvres.

 

Arrivée à la blanchisserie où elle travaillait, Manon força son esprit à oublier l’homme lubrique et ses horribles attouchements, pour se presser dans le vestiaire et enfiler sa blouse avant de rejoindre son poste. À cause des perturbations ferroviaires, elle était en retard et sa chef de service ne manquerait sûrement pas de le lui faire remarquer.

— Tu es en retard.

Bingo ! Rosa était tout sauf imprévisible.

— Problème de train, désolée.

La chef du service « linge plat » la considéra d’un visage peu amène.

— Va à ton poste. Tu resteras un quart d’heure de plus ce soir.

Manon acquiesça avant de filer derrière sa machine et de la mettre en route. Aussitôt, José poussa vers elle un chariot rempli de serviettes qui venaient juste d’être lavées.

— Bonjour, ma grande, comment tu vas ce matin ?

Manon fit la moue.

— Encore un problème de train. Je rattrape ce soir.

— Tu bosses samedi ?

— Oui. Et dimanche s’ils ont besoin.

Du haut de ses quarante-cinq ans, José considéra sa jeune collègue.

— Tu ne te reposes jamais ?

Manon haussa négligemment les épaules. En même temps, ses mains habiles attrapaient les serviettes et les passaient une à une dans la machine destinée à les plier impeccablement.

— Pas le choix, l’argent ne tombe pas du ciel, répondit-elle en guise d’explication. Et ce mois merdique est celui de Noël. J’aimerais acheter quelque chose de sympa à Thomas pour une fois. Une paire de chaussures de marque ou un jean neuf. Je ne peux pas lui acheter de téléphone portable ou de MP3, mais si je peux lui offrir des baskets à la mode, il sera heureux. 

— Les fins de mois sont difficiles hein ? 

— Tu ne crois pas si bien dire, approuva Manon en gardant pour elle la grosse partie de ses difficultés.

Elle avait confiance en José, il était l’un de ses collègues préférés, mais elle ne voulait surtout pas jouer les Cosette. Elle était loin d’être la seule dans cette usine à avoir du mal à joindre les deux bouts. Et son statut de mère célibataire n’était pas non plus un cas isolé.

— Je te mets volontaire pour dimanche alors ? 

— S’il te plaît.

José hocha la tête en signe d’assentiment avant de la laisser travailler.

 

Pendant cinq heures, Manon vida des chariots remplis de linge propre et humide en le passant dans sa repasseuse. Puis elle s’arrêta à la pause déjeuner et retrouva ses collègues à la cantine. Généralement, elle mangeait avec Nadia, Malika, Kim et Maria, quatre autres femmes de son service. S’il y avait de la place, elles se mettaient à la même table que José et ses collègues masculins, mais dans la blanchisserie, il était fréquent de voir les hommes rester entre eux, et les femmes, entre elles. Tous ceux du même service se retrouvaient néanmoins à la pause-café et discutaient ensemble de tout, des derniers potins, des rivalités entre services, mais aussi de l’actualité, du football et de leurs familles respectives. Puis, dès que la sonnerie indiquant la fin de la pause retentissait, tous comme un seul homme reprenaient leur poste. Certains allaient chercher des chariots vides pour les remplir de linge propre tandis que les autres, comme Manon, retournaient à leur machine bruyante et reproduisaient pendant les heures suivantes les mêmes gestes que ceux du matin, à une cadence infernale, seulement interrompue par les blocages de la machine et les problèmes informatiques.

À dix-huit heures pile, les collègues de Manon s’arrêtèrent de travailler. La jeune femme resta un quart d’heure supplémentaire, puis à son tour, elle alla au vestiaire ranger sa blouse et prendre ses affaires. Elle salua sur son passage certains collègues du service « livraison » ainsi que le personnel administratif qui travaillait dans les bureaux, puis elle franchit les portes de la blanchisserie et se dirigea à pas pressés vers l’arrêt de bus. D’ordinaire elle prenait le bus avec Malika et Kim, mais aujourd’hui, avec son retard, elle se trouva seule. Seule dans le bus, et seule dans le R.E.R jusqu’à son domicile à Gagny, en Seine-Saint-Denis.

En entrant dans l’appartement, son moral déjà en berne retomba d’un cran. Il faisait si froid, si humide, chez elle ! Si dehors il faisait moins cinq degrés, à l’intérieur, il ne devait pas en faire plus de quinze.

— Thomas ? 

— Suis là, cria une voix d’adolescent depuis l’autre côté d’une porte qui affichait en énorme une interdiction de pénétrer pour aller le saluer.

Manon posa ses affaires dans le salon et entra dans la chambre de son fils. Elle le trouva à son bureau, occupé à faire ses devoirs, une couverture polaire sur ses épaules.

— Bonsoir chéri, murmura-t-elle en posant un baiser sur le sommet de son crâne.

Machinalement, elle embrassa la pièce du regard. Son cœur se serra à la vue de la moisissure qui encadrait la petite fenêtre aux carreaux embués ainsi que les plinthes en bas des murs.

— Tu peux allumer le chauffage une petite heure si tu veux. LA FIN DE L'HIVER

— Je n’ai pas froid, assura Thomas pourtant bien enroulé dans sa couverture.

Manon passa affectueusement ses bras autour de ses épaules et regarda le cahier dans lequel il était en train d’écrire.

— J’ai eu dix-sept en math, lui annonça son fils en lui montrant le résultat d’un contrôle qu’il avait eu la semaine passée.

— Bravo, fit Manon.

Elle lut avec attention toutes les questions et les réponses que son fils avait fournies.

— Dis donc, bientôt tu en sauras autant que moi. 

— J’en saurai bien plus que toi, tu veux dire, marmonna Thomas, en faisant consciencieusement ses exercices. C’est moi qui bientôt devrai te donner des cours. 

Il n’avait pas dit cela méchamment, mais Manon prit ses remarques comme des coups de poignard plantés dans le ventre. Elle se sentit humiliée, rabaissée, presque dévalorisée. II n’avait pas tort bien sûr, à douze ans, Thomas n’était encore qu’en cinquième, mais dans un peu plus de deux ans, il en saurait effectivement plus qu’elle.

— Apprends autant que tu le peux, Thomas. L’école est très importante.

— Je le sais, t’inquiète. J’ai envie de faire quelque chose de ma vie, moi. Je ne veux pas me retrouver à travailler comme un galérien tous les jours de la semaine pour une misère, et dépendre des autres pour remplir mon frigo. C’est trop la honte ça. 

Cette fois-ci les reproches étaient à peine voilés. Ils atteignirent Manon en plein cœur.

— Ce n’est pas très gentil, murmura-t-elle, la voix blanche. Je fais tout ce que je peux… 

— Je le sais maman, mais c’est une vie nulle. Je parie que tu travailles encore tout le week-end pas vrai ? 

Son regard bleu acier croisa celui de sa mère. Manon se détourna la première.

— Oui. Les extras du week-end rapportent trois cents euros de plus, ce n’est pas négligeable ! 

— Et pourtant, on ne peut même pas se chauffer correctement, claqua Thomas, implacable. Tu trouves ça normal toi ?  Lentement le garçon secoua la tête. On vit dans un appart pourri, tu as un job pourri. Moi je veux mieux pour moi et pour ma vie future. Alors oui, je sais que l’école est importante. Tu l’as quittée à seize ans et voilà où cela t’a menée. Je n’ai pas du tout l’intention de faire comme toi, ça non alors. 

Durement atteinte, Manon ferma les yeux. Pourtant, elle savait qu’elle ne pouvait blâmer son fils pour lui tenir pareils propos. Tout ce qu’il venait de dire était vrai. Elle avait quitté l’école dans sa seizième année, elle avait tout juste le Brevet des collèges. Et elle travaillait depuis quatre ans dans une blanchisserie en tant qu’ouvrière. Toute la journée, toute la semaine, elle passait des carrés de tissus dans une machine pour gagner le SMIC, et le week-end, pour arrondir un peu ses fins de mois, elle travaillait dans un hôtel de prestige. Elle y préparait les draps et les serviettes destinés aux chambres luxueuses.

Il était indéniable que son travail, sa rémunération surtout, n’avait rien de glorieux, rien qui puisse faire rêver un garçon de douze ans. Pour ce quotidien misérable, il y avait bien quelqu’un à blâmer, quelqu’un d’autre qu’elle, mais cela, Thomas ne le saurait jamais.

— Tu as raison Thomas, tu dois et tu peux faire mieux que moi. Aucun doute là-dessus. 

— J’y compte bien, martela ce dernier en se replongeant dans ses livres.

Manon se redressa pour le considérer un court instant, puis elle alluma le chauffage dans sa chambre et se pressa vers la porte.

— Je te préviens quand le repas est prêt. 

Thomas se borna à marmonner quelques sons incompréhensibles.

 

Tout en faisant bouillir son eau pour les pâtes, Manon laissa couler quelques larmes amères. Elle n’avait que vingt-six ans, mais déjà un lourd passé, et aucun avenir en dehors de la blanchisserie. Et bientôt, elle ne serait plus en mesure d’aider son fils à faire ses devoirs. LA FIN DE L'HIVER

Tandis qu’elle plongeait ses coquillettes dans la casserole, un fort sentiment de honte la balaya. Sa vie était ratée ; elle était une ratée.

— Au fait…

La voix de Thomas qui la rejoignait dans la minuscule cuisine la fit sursauter.

— Mamie m’a dit que nous étions invités en Vendée pour Noël. Cette année, c’est oncle Jean et tata Sandrine qui organisent tout. 

Au-dessus de sa casserole, le visage de Manon se figea.

— On ne fête pas ça chez papy et mamie comme tous les ans ? 

— Non. Mamie m’a dit qu’oncle Jean et tata Sandrine nous invitaient cette année. C’est cool, on va enfin pouvoir quitter un peu ce trou. 

Manon lança un drôle de regard à son fils.

— Je croyais que tu aimais bien être chez tes grands-parents. 

— Oui, mais bon, ils sont à Gagny eux aussi, ça ne me change pas. La Vendée en revanche… Là-bas ils sont près de la mer, ça doit être le top. 

— Tu parles d’un intérêt ! Aller au bord de la mer en décembre, siffla Manon, peu enthousiaste à l’idée de passer Noël chez son oncle et sa tante.

— Ce que tu peux être négative ! rouspéta Thomas. Ce sera toujours mieux que Gagny plage. Et puis ce n’est que pour trois jours… À moins que tu n’acceptes qu’on y reste une semaine. J’ai quand même deux cousins de mon âge que je connais à peine… 

— Hors de question que nous y passions une semaine. Déjà que passer les fêtes de Noël là-bas ne me réjouit pas alors une semaine… 

— Pourquoi pas ? Tu as mieux à proposer ?

Manon ne répondit pas.

— Dans ce cas franchement, je ne vois pas pourquoi tu ne veux pas y rester plus longtemps. Je ne connais pas moi là-bas et j’aimerais bien ! 

— Je travaille Thomas, je ne peux pas prendre une semaine. 

— Ben sinon toi tu rentres, et moi je reste avec eux pendant les vacances… 

— Même pas en rêve chéri. Tu pars et tu rentres avec moi. 

— Mais pourquoi ?  se récria Thomas, dégoûté. Je serai sûrement mieux là-bas qu’ici !

Après un court instant, il ajouta, acide :

— Est-ce que c’est parce qu’oncle Jean est celui qui a le mieux réussi dans la famille ? Tu es jalouse parce qu’il est tout en haut de l’affiche, et toi, tout en bas ? 

Les yeux de Manon se mirent à briller d’une lueur que son fils ne lui avait encore jamais vue. Pourtant, il ne recula pas.

— Je t’ai dit non, n’insiste pas. Tu ne resteras pas là-bas sans moi. 

— Je peux très bien me passer de toi, maman, tu sais. Je reste bien ici tout seul, tous les soirs, jusqu’à ce que tu rentres… En Vendée au moins, je serai en famille, avec tonton, tata et les cousins, je ne vois vraiment pas… 

— Pour la dernière fois, Thomas, j’ai dit non, n’insiste pas, le sujet est clos. À présent, lave-toi les mains, nous allons passer à table. 

Mère et fils s’affrontèrent du regard, mais cette fois-ci, Manon ne cilla pas obligeant son fils à renoncer le premier. Il soupira et marmonna entre ses dents quelque chose d’inaudible, mais il finit tout de même par se laver les mains et mettre la table.

Les yeux rivés sur le journal télévisé, tous les deux mangèrent leurs coquillettes et leur jambon sans se dire un mot. Thomas enrageait et sa mère tentait péniblement de retrouver son calme. Dès qu’il eut fini de dîner, il se pressa de laver son assiette avant de foncer dans sa chambre sans même dire bonsoir à sa mère.

Demeurée seule devant sa télévision, Manon lutta pour ne pas pleurer alors qu’elle en avait gros sur le cœur, et que les sanglots lui étreignaient la gorge. Je serai mieux là-bas qu’ici avait-il proclamé avec dans le regard et dans la voix une certitude inébranlable.

Mon fils, si tu savais…

Ceci est une boutique de démonstration pour test — aucune commande ne sera honorée. Ignorer