Flash fiction inspirée par vous

C’est la première fois depuis deux ans alors elle ne cache pas sa joie. Les gens autour d’elle font tous plus ou moins la tête, elle, elle monte dans ce train en souriant largement. Dès qu’elle trouve une place assise, elle s’y installe. En face d’elle, une mamie a un sac de la même enseigne que le sien, mais bien plus grand et plus garni.

Elle se rappelle encore l’en dernier. La jalousie, la colère et le désarroi qui avaient empoisonner son cœur toutes les fois où, en montant dans un train ou un bus, elle avait côtoyé des gens, les bras chargés de paquets cadeaux. Elle se souvient de ce sentiment d’injustice.

De cette haine aussi.

Pourtant, Mathis et Léa ne lui avaient rien reproché. Du haut de leurs 6 et 5 ans, ils semblaient avoir compris à quelle point leur existence était devenue difficile.

A quel point le moindre euro comptait.

D’ailleurs, ils ne lui avaient rien réclamé, pas même un sapin ou un chocolat. Ils avaient accepté d’être de ceux qui, désormais, ne fêteraient pas Noel.

L’émotion lui fait détourner son regard vers la vitre du train. Ils avaient connu ça pourtant : la féerie, la magie, les cadeaux, les rires et la joie. Malheureusement, cette douce insouciance s’était envolée en même temps que leur papa, parti sans prévenir. Demeurée seule avec eux, elle avait lutté pour rester à flots, pour ne pas se laisser happer par la peine et la douleur. Pour ne pas se laisser couler. Elle avait dû revenir dans le monde du travail, elle qui était mère au foyer depuis si longtemps. Et sans diplômes ni compétences particulières, elle avait accepté tout ce qui se présentait à elle. De la peinture de bâtiment à la mise en rayon de grandes surfaces en passant par le ménages et le conditionnement, elle avait tout fait.

Elle se souvient encore de cette terrible première année sans Julien. Cette course perpétuelle entre l’école et le lieu de son travail. Cette existence à l’euro près. Leurs anniversaires étaient passés à la trappe. Les fêtes de Noel aussi. Mathis et Léa avaient séché ses larmes de baisers. Ce n’était pas de sa faute. Elle faisait ce qu’elle pouvait. Et tant pis s’ils n’étaient pas tout à fait comme les autres enfants. A l’école, cela ne se voyait pas trop.

Cette année, elle avait décidé qu’il en serait autrement. Que Léa et Mathis auraient un Noël quoiqu’il lui en coûte à elle. Alors, elle avait fait ce qu’il fallait. Elle avait travaillé autant que possible, accepté toutes les heures supplémentaires, tous les emplois, avait même sauté quelques repas.

Pour eux, elle s’était battue jusqu’à pouvoir entrer dans ce magasin de jouets et arpenter les rayons à la recherche de celui qui enchantera Léa et de celui qui ravira Mathis. La frénésie et l’ambiance si particulières en ces jours précédant Noël lui avaient donné le tournis. Mais elle avait aimé ça.

Oui, elle avait adoré.

Elle avait imaginé le visage sidéré de ses deux petits cœurs et s’était mise à sourire.

Un sourire qui s’étirait d’une oreille à l’autre et qui ne l’avait plus quittée. Elle avait acheté le cadeau pour Mathis et celui pour Léa. Elle avait même pris un jeu de société pour qu’ils puissent jouer tous les trois. Et en rentrant, elle filerait acheter l’un de ces sapins artificiels tous décorés pour le ramener chez eux.

Elle imagine déjà leur tête.

Mécaniquement, elle ramène son précieux sac de ses genoux à sa poitrine et ferme les yeux. La larme roule sur sa joue mais elle sourit encore.

Cette année, eux aussi auront un Noël mémorable.

 

Comments

  1. Marie Nel says:

    Que c’est beau ! La magie de Noël…
    J’aime retrouver ces petites histoires du lundi ! Merci…

    1. Maude says:

      Merci Marie 🙂 J’aime vous les offrir !

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