Flash fiction inspirée par vous

Tous les matins, elle fait exprès de prendre ce RER et de monter dans ce wagon.

Comme tous les jours, il est au rendez-vous. Les yeux sur son journal, il étudie les résultats sportifs. Du moins, il fait semblant. Il sait qu’elle est là, il l’a vue sur le quai, il sent maintenant son parfum sucré… il n’attend qu’une chose : qu’elle s’assoie à côté de lui.

C’est ce qu’elle fait bien sûr, mais lui, feint l’indifférence.

Elle attend un moment. Elle espère. Va-t-il engager la conversation ?

Il en meurt d’envie. Il n’attend même que ça. Cependant, il n’ose pas. Aborder une inconnue dans un train n’est pas chose facile, surtout avec tous ces gens autour, qui ne font rien d’autre que regarder ce qui se passe et écouter les conversations. Il perd ses moyens. Son courage s’évapore.

Dépité, en colère contre lui-même, il replie son journal, sort son casque audio, le met sur ses oreilles et ferme les yeux.

La déception pour elle est quotidienne. Alors, comme souvent, elle profite de ce qu’il ne la voit pas pour l’examiner de profil. Elle aime son allure et ce qu’il dégage. Elle adorerait qu’il se tourne vers elle et lui propose un café. Ils sortent tous les deux à la même station en plus ! Alors pourquoi ne se décide-t-il pas ? Serait-il si timide que ça ?

Il ouvre les yeux quand elle ne s’y attend pas. Leur regard se rencontre… rapidement, elle se détourne.

Lui s’en veut. Il aurait pu dire quelque chose, même un simple bonjour, mais non.

Comme tous les jours, il s’est contenté de vouloir. Elle s’est bornée à espérer.

Devant ses yeux, le paysage défile à toute vitesse, elle n’en a que faire. C’est lui qui occupe ses pensées.

Il change de musique mais il n’oublie pas qu’elle est là, tout près, et qu’il a manqué de courage.

Allez, se dit-il, demain, il lui parlera. Il profitera de ce que le wagon est encore un peu vide pour engager la conversation.

Oui, c’est décidé, demain, il se montrera un peu plus audacieux.

Si demain il ne l’aborde pas, cette fois, elle ne se contentera pas de le regarder discrètement, elle se jettera à l’eau. C’est elle qui fera le premier pas.

Oui, demain…

Le RER s’arrête à leur station. Elle se lève la première, il en fait autant. Quand elle passe devant lui, il inspire, ose un sourire, et formule, d’une voix si douce qu’il doute qu’elle l’ait entendu :

— A demain.

A sa grande surprise, elle tourne la tête vers lui.

— Oui. Bonne journée.

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