Flash fiction inspirée par vous

Voilà cinquante deux ans que la vie les a réunis. Ils sont tombés amoureux, se sont mariés, ont eu des enfants. Leur existence a été relativement douce. Longtemps, elle les a épargnés. Aujourd’hui, leurs petits ont quitté le nid. Un dans le sud, l’autre hors des frontières.
Ils appellent quelquefois pour prendre des nouvelles. Trop peu souvent.
Ce silence cependant, est pour eux un vrai soulagement.
Voyez-vous, ils détestent mentir.
Mais comment faire autrement ?
Comment pourraient-ils annoncer à leurs fils qu’ils sont souvent dehors dès l’aube et qu’ils restent là, sur ce banc, sur ce trottoir du 17ème arrondissement de Paris ? Comment pourraient-ils leur avouer qu’ils attendent que quelqu’un réponde à ce cri du cœur, écrit en blanc sur une petite valise à roulettes bleue ? “Accepte tout travail”.
Ils en sont incapables. Qu’ils soient heureux, c’est le principal.
Eux font avec, ils en ont vu d’autres. Ils savent que la vie peut être une garce.
Et puis ils ne sont pas si à plaindre. Beaucoup sont seuls, ils sont deux.
Lui est là pour ouvrir son bras maigre et fatigué, et lui permettre de poser sa joue désormais ridée contre son épaule. Elle, pour le rassurer. Elle lui avait juré “dans la richesse comme dans la pauvreté”, elle ne faillira pas. Jusqu’au bout elle restera.
Et puisque personne d’autre ne semble se préoccuper de leur sort, puisque les gens passent devant eux sans lever la tête de leur téléphone, puisque pas un ne s’étonne de voir ce vieux couple mendier du travail plutôt que profiter de la retraite, ils ont compris que c’est bien là, la seule et unique chose qui compte.

Comments

  1. Émérance says:

    Oh, Maude ! Que d’émotions. Un très beau texte qui reflète une triste réalité.

    1. Maude says:

      Merci Emérance, et oui, ce couple est bien réel 🙁

  2. Shalimar says:

    C’est beau est c’est triste! Ces gens sont trop fiers pour demander de l’aide à leurs fils, c’est dommage, en aidant leurs parents, les enfants ne feraient que leur devoir, rien de plus!

    1. Maude says:

      🙂 Attention, c’est une fiction avant tout, mais elle est inspirée de gens que je croise dans la rue ou le train. Ce couple âgé existe bel et bien, la valise et le “accepte tout travail” aussi. Le reste est imaginé.

  3. Cécile says:

    Cela réflète vraiment la réalité. Les enfants sont trop occupés. Heureusement ce n’est pas mon cas. J’en suis très fière.

    1. Maude says:

      Les gens oublient parfois la main qui autrefois les tenait lorsqu’ils apprenaient à marcher. C’est assez malheureux d’en arriver là je dois dire.

  4. Agnès says:

    C’est malheureusement le cours de la vie actuelle.
    C’est pas forcément voulu mais le rythme de vie que l’on vit actuellement….
    La misère touche tous genres de populations, c’est triste.

    1. Maude says:

      Oui c’est assez triste en effet. Mon prochain roman, après La femme de l’ombre, traitera des femmes sans abri. Pour avoir commencé mes recherches sur le sujet, je peux vous dire que c’est une plongée douloureuse.

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