Flash fiction inspirée par vous

À peine les portes s’ouvrent-elles qu’elle fonce. Cette place, elle l’a repérée avant tout le monde. Et elle l’a veut. À croire qu’elle n’a jamais rien convoité d’autre avec autant d’ardeur.
Elle y est.
D’un geste lourd, comme si elle portait sur ses épaules le poids de la misère du monde, elle s’effondre sur le strapontin.
Nous sommes lundi matin, elle est déjà épuisée.
Ni une ni deux, elle dégaine son téléphone portable et ouvre son application favorite. Elle se sent comme à la maison, prête à reprendre la partie qu’elle a dû suspendre en descendant de son bus.
Devant ses yeux captivés, des bonbons multicolores explosent en combo et super combo. La fièvre gagne ses doigts. Ce niveau est à portée de touche. Vraiment.
Premier arrêt. Elle ne lève pas la tête. L’action est importante. Elle doit finir en conservant ses vies. Il lui en reste deux alors il ne faut surtout pas plaisanter.
Nouvel arrêt.
Quoi ? Elle sent quelque chose frôler ses genoux. Malgré elle, elle détache son regard de sa confiserie virtuelle. Ah, ce n’est rien. Le sac d’un mec qui va à l’école. Pas de quoi la déconcentrer. D’autant qu’elle affronte un autre niveau et qu’elle sent qu’il sera bien plus difficile.
Encore un arrêt. Ce n’est plus un sac mais des jambes qui exercent comme une pression sur ses genoux. Ils la gênent, l’encombrent, l’embarrassent. Elle a envie de râler, elle se contente de décocher une œillade féroce à celui qui empiète largement sur son espace vital. Elle se ravise en croisant d’autres œillades féroces, cette fois dans sa direction. Jouer à faire exploser des lignes de bonbons inexistants est finalement plus intéressant que regarder ce qu’il se passe autour d’elle. Elle baisse u la tête et se focalise sur son écran à cristaux liquides.
A cet arrêt-là, elle sent que ça pousse, que ça soupire et grommelle. Elle sent les regards mécontents. Personne n’ouvre la bouche, mais elle comprend le message. A contrecœur elle arrête son jeu, range son téléphone et ferme les yeux. Elle ne veut pas dormir non, elle souhaite seulement rester dans son cocon, peinarde. Après tout le début de semaine est dur, il faut reprendre le rythme. Elle n’est pas prête à se tenir sur ses jambes comme les autres. Aucun désir de voyager debout, écrasée, comprimée, mal à l’aise. Tant pis si c’est leur cas. Ce n’est pas son problème.
Alors elle feint
Des jambes, des sacs, tout la touche. La rame est remplie. Les yeux mi-clos elle le remarque mais s’en fout.
Arrêt suivant… Zut, elle ne distingue pas le nom de la station. Trop de monde lui masque la vue.
Promptement elle se lève et tend le cou. Oui, c’est là qu’elle descend. Vite, elle attrape son sac.
– Pardon je voudrais sortir.
Elle ne comprend pas pourquoi certains se montrent hostiles. Pourquoi ils ne s’écartent pas davantage pour lui céder le passage.
– Laissez moi sortir s’il vous plaît, s’exclame t elle.
– ‎On fait ce qu’on peut ! claque une quadra prise en sandwich entre deux personnes.
– ‎Vous pourriez pas nous laisser passer ? fulmine t elle encore. C’est quand même pas sorcier !
– T’avais qu’à te lever au lieu de rester le cul assis ! entend-elle fuser dans son dos.
Elle sent son visage flamber, ses joues rosir. Évitant soigneusement tout contact visuel, elle se fraye un chemin tant bien que mal et atterrit sur le quai au moment où la sonnerie de fermeture des portes retentit.
Les gens ! Tous des cons, pense-t-elle très fort avant de se mettre en route.

Comments

  1. Emerance auvergne says:

    Bonjour, Maude.

    Tu me régales toujours autant, avec tes histoires courtes. Je visualise bien la scène. J’entends les soupirs d’agacement, l’agressivité des usagers, et le fait que plus rien ne compte que ce foutu jeu.
    Pas de communication, l’isolement, la solitude des transports en commun, malgré la foule, et le fardeau d’une vie routinière.

    1. Maude says:

      oui et surtout ces gens qui voient qu’ils incommodent les autres mais ne bronchent pas, bien trop confortablement assis, bien pénards en train de jouer. 🙂

  2. Suite à votre passage sur mon blog je viens faire un petit tour par ici et je sens que je vais m’y sentir bien puisque j’aime les mots et les livres !
    Bises

  3. Maude says:

    Alors bienvenue à toi (je me permets), j’espère que la visite t’aura plu 🙂

  4. Agnès says:

    Bonsoir,
    C’est bien une scène du quotidien !
    Malheureusement c’est bien du réel, chacun dans son monde, chacun pour soi.
    Vos histoires courtes sont prenante on en voudrait toujours plus. ?

    1. Maude says:

      Merci Agnès c’est très gentil 🙂 Je vous avoue que l’inspiration et les idées ne manquent pas. Je serai certainement au rendez-vous lundi prochain.

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