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Flash Fiction inspirée par vous

Gare Saint-Lazare. Une gare immense, dans laquelle il est facile de se perdre. Ou devenir invisible.

Plusieurs lignes de métro passent par là. Elle en choisit une, n’importe laquelle, s’enfonce dans le couloir, arrive en station. Deux bancs sont occupés par des hommes, le corps dissimulés sous des couvertures.

Le troisième est libre ; elle s’y assoit, son sac de sport à ses pieds, regarde les gens aller et venir, les métros défiler.

Elle ne sait pas très bien quoi faire, ni surtout, où aller, alors elle reste à quai et se rappelle la conversation qui l’a menée ici :

— Comment ça, tu aimes les filles ? C’est une blague ?

Sa mère avait manqué de s’étouffer.

— Maman, s’il te plaît.

— Non, s’était-elle exclamée, en secouant fiévreusement la tête. Impossible. Je n’ai pas mis au monde une fille anormale. Je ne veux pas.

— Elle est peut-être malade, avait lancé son père, aussi attérré que son épouse.

— Je ne le suis pas. Aimer les filles n’est pas une maladie. C’est simplement une orientation sexuelle. Comme les hommes qui aiment les hommes, ou même les hommes qui aiment les femmes. Chacun la sienne, voilà tout.

Son père, soudain avait levé la main. Sa mère avait retenu de justesse le bras qui menaçait de s’abattre sur elle.

— Ne la frappe pas ! Nous allons voir avec le docteur.

— Je n’ai pas besoin de voir le docteur ! Je suis lesbienne, c’est tout.

— Ta gueule ! Il est hors de question que ma fille soit une gouinasse ! Que vont dire les voisins ?

— Je m’en fous !

— Pas moi. Et la famille alors ? Ils vont tous se foutre de ma gueule ! Se moquer de moi, de nous !

— C’est tout ce qui t’importe ? Ce que les gens vont penser de toi ? Mais il n’est question que de moi !

Cette fois, la gifle est partie. Elle a claqué, fort, l’a forcé à tourner la tête. Le regard de son père est devenu meurtrier.  Ses yeux sont sortis de leurs orbites. Les veines de son cou ont sailli. Elle l’a cru sur le point d’exploser.

— Dégage ! avait-il hurlé, la voix tremblante de rage. Dégage de chez moi, brouteuse de gazon. Fiche le camp ! Je ne veux pas d’une sale dégénérée sous mon toit !

— Papa…

Une nouvelle gifle, aussi forte que la première, que sa mère n’avait pas cherché à retenir.

— Casse-toi !

Elle avait cherché du soutien auprès de celle qui l’avait mise au monde. N’en avait trouvé pas.  Dans ses yeux, pas plus de chaleur que dans ceux de son père. L’un et l’autre ll’ont dévisagée comme si elle était une espèce de monstre.

Les épaules basses, elle avait trouvé refuge dans sa chambre. Les larmes avaient dévalé ses joues tandis qu’elle avait attrapé au vol quelques affaires qu’elle avait fourrées dans son sac de sport. Fais ton coming-out qu’ils lui avaient dit. Aujourd’hui, tout le monde sait ce que c’est et l’accepte. Tu verras, tes parents ne diront rien.

Elle avait fait son coming-out. Et elle avait vu. Non, tout le monde ne l’acceptait pas, au contraire. La chaleur cuisante sur sa joue le lui avait confirmé.

D’un revers de main, elle avait essuyé ses yeux, était sortie de sa chambre. Ils étaient là, les bras croisés. Pas la moindre hésitation ni le plus petit remord.

— Tu as 17 ans de toute manière, tu es en âge de te débrouiller.

Elle n’avait pas cherché à discuter, de toute façon, sa mère ne semblait pas plus affectée que ça de la savoir dehors, sans le sou. Sans rien.

Devant ses yeux flous, elle revoit le geste de son père qui lui claque la porte au nez… une larme menace. Elle se mord la joue pour la réprimer. Elle n’a pas le droit de pleurer, de montrer sa faiblesse ou son désarroi. Aujourd’hui, elle est à la rue. Ce n’est pas en se montrant sensible et vulnérable qu’elle s’en sortira.

Son regard se pose sur le banc d’à-côté, sur cette forme cachée sous des couvertures dégueulasses.

Les métros passent les uns derrière les autres, elle reste là, le cœur en morceau, la peur au ventre.

 

8 Comments

    • Maude

      En tant que maman, j’ai du mal à imaginer pareil scénario, et cependant, il est bien réel. Des enfants sont rejetés par leurs parents parce qu’ils sont homosexuels.

  1. An@

    Quelle sécheresse de coeur, on se demande comme il est possible qu’une mère rejette son enfant. Mais c’est en effet une bien triste réalité.

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