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Flash fiction inspirée par vous

Les escalators sont en panne. Comme tout le monde elle emprunte le large escalier qui la fera sortir de la gare. Deux marches sur sa droite, une jeune femme, écouteurs sur les oreilles, porte à bout de bras sa trottinette. Flemme de la replier pour un temps aussi court ? Certainement. L’objet ne la rassure pas. Il tourne autour de la roue, menace de faire tomber l’homme devant elle. Une nouvelle fois, la planche dérive sans que sa propriétaire ne s’en rende compte. Promptement, elle se baisse pour la retenir avant qu’elle ne le heurte. La propriétaire n’a rien remarqué. Imperturbable, elle continue de gravir les marches sans se préoccuper de rien.

Arrivé en haut de l’escalier, l’homme dont elle a sauvé la cheville se retourne et plante son regard dans le sien. Cette fois, c’est elle qui menace de chuter. Ses jambes mollissent. Son estomac se contracte. Elle ne l’avait pas reconnu. En même temps, il était de dos…

— Deborah ? Salut, comment vas-tu ?

— Bonsoir Antoine.

Leur gêne est flagrante. Elle baisse les yeux, se détourne, se demande de quoi elle s’est mêlée. Finalement elle aurait dû le laisser se débrouiller. Et s’il était tombé ma foi…

— Tu vas bien ?

Les mots sont bloqués au fond de sa gorge. Elle ne voulait plus jamais entendre parler de lui, encore moins le voir. Mais ils habitent des villes voisines, prennent tous les deux les mêmes transports… la faute à pas de chance. Ou à un destin qui aime s’amuser.

— Il y a un bar lounge qui vient d’ouvrir, tu as le temps de prendre un verre?

Non, absolument pas.

— Euh…

— Allez juste un, en souvenir du bon vieux temps.

Elle manque de s’étrangler. Il n’y a absolument rien de bon dans sa mémoire. Au contraire, elle est remplie d’amertume, de rancune, et de souffrance. Cet homme, elle l’a aimé plus que tout au monde. Elle pensait que la chose était réciproque jusqu’à ce qu’elle découvre qu’il ne se privait pas pour aller voir ailleurs, en particulier, chez ses amies.

Elle sait qu’elle n’est pas la seule à avoir vécu pareilles trahisons, il n’empêche, la douleur était bien réelle. Elle a même failli y succomber. Tandis qu’il attend sa réponse, elle se revoit sanglotant dans sa chambre, sous la douche, sur le chemin jusqu’au bureau, au bureau. Elle se rappelle cette boîte de comprimés qu’elle a avalés, juste parce que son agonie lui était insupportable.

C’est vrai, tout cela est loin derrière elle. Aujourd’hui, elle a remonté la pente. Mais elle n’a plus personne dans sa vie ; elle ignore même si un jour, elle sera capable d’aimer ou de faire à nouveau confiance. Tout ça à cause de cet homme qui l’a détruite et qui à présent, lui sourit et l’invite à boire un verre comme si de rien n’était.

— Alors ? Qu’en dis-tu ?

Elle se raidit.

— Il n’y a personne qui t’attend chez toi ?

Antoine hausse les épaules.

— J’ai le droit de boire un coup avant de rentrer, ne t’inquiète pas de ça.

Elle ne s’inquiète pas. Elle réalise surtout qu’il n’a pas changé.

Elle, si.

—Désolée, j’ai mieux à faire.

Il lève un sourcil. Elle le contourne, passe le portique et sort de la gare.

C’est idiot, mais elle sourit.

4 Comments

  1. Manou Nachka

    Cette fois, cette femme a été plus forte, et sensée, que son ancien amant qui, effectivement, n’a pas changé !!!
    Savoir dire non peut être douloureux mais dans cette histoire, salvateur ?
    Merci Maude

    • Maude

      Oui en effet, dire non n’est pas forcément facile mais parfois c’est le premier mot avant un tournant important 🙂

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