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Flash fiction inspirée par vous

Elle tient à peine sur ses jambes parce qu’elle tremble.  En réalité, c’est son corps en entier qui est agité de soubresauts. Elle claque même des dents. Sentira-t-elle l’impact ? Souffrira-t-elle ? Réussira-t-elle du premier coup ?
Les questions sont multiples. Les réponses inexistantes.


Alors elle hésite. Les trains entrent en gare puis repartent ; elle demeure sur le quai. Incertaine. Effrayée. Terrifiée.
Les larmes embuent ses yeux ; elle les sèche d’un revers de main. Elle sait qu’elle est piégée pourtant, qu’elle n’a pas d’alternative. Tout a déjà été fait. Tout a été dit.
Un train est à l’approche. Son cœur bat très vite. Il essaie de la retenir. De lui rappeler que tant qu’elle est en vie, elle a le droit d’espérer. Mais espérer quoi ? Il n’y a plus de solution ! Lentement, elle secoue la tête. Non, plus aucune.
La cabine du conducteur entre dans son champ de vision. Elle a cessé de pleurer, à présent, elle sanglote.
Le RER s’approche, se rapproche… elle retient sa respiration et saute sur les rails.
Elle entend les cris, le klaxon du train, ses freins qui crissent, attend l’impact qui ne peut être évité.
Elle ne voit pas la pagaille, n’entend pas : Mesdames messieurs, en raison d’un accident grave de voyageurs, la circulation est interrompue…
Elle ignore que sur le quai, certains pleurent, d’autres filment, d’autres encore se demandent si elle est toujours en vie.
Elle sait en revanche qu’il y en a qui soupirent, râlent, lui en veulent. Que tous posent les mêmes questions : elle ne pouvait pas faire ça un autre jour ? Sur un autre trajet ? A un autre moment ? Pourquoi vouloir absolument emmerder son monde ?
Oui, tous la maudissent.
Mais quand ils récupéreront son corps, ils trouveront dans la poche de sa veste ce bout de papier et cette petite phrase qu’elle a écrite ce matin avant de partir  :

Les trains marquant l’arrêt à la station désespoir repartent rarement.
Peut-être alors que certains d’entre eux comprendront.

8 Comments

  1. Marie Kléber

    Un texte coup de poing Maude!
    Ces réflexions nous les avons souvent quand une telle annonce se fait. Si on y regarde de plus près c’est un acte qui nous choque tellement qu’on préfère se rattacher à du futile pour tenir le choc.
    Le désespoir est un mal terrible.

    • Maude

      Oui, c’est vrai Marie. On blâme et râle sans se demander comment une telle chose peut arriver; ce jeter devant un train n’est vraiment pas anodin.

  2. Agnès

    Pas très gai! Mais malheureusement des faits divers de tous les jours.
    Quand ces personnes en arrivent à ce stade, quel grand désespoir en elles.
    Et nous qui sommes bloqués dans les transports sur le moment on y pense pas un instant, mais on râle !

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