Flash fiction inspirée par vous

Leur front collé, leurs doigts noués, ils ne voient plus personne. Le train s’arrête pourtant, pour régulation du trafic d’abord, puis en raison de personnes sur les voies. Ils n’y prêtent aucune attention. En fait, ils ne réalisent pas vraiment. Dans leur bulle, ils se regardent, à se sourient, et s’aiment sans parole.

Lorsque le métro repart, ils ne réagissent pas davantage. Ils ont pourtant une correspondance à prendre. Un train d’abord, puis un autre, puis un taxi.

Ils ont rendez-vous.

Mais s’ils ratent le premier train, ce n’est pas grave. Ils prendront le suivant.

Au pire, ils reporteront. Aucune raison d’être stressés comme tous les autres.

A vrai dire, ils ne sont pas si pressés d’annoncer la nouvelle. Non, pour un moment encore, ils veulent qu’elle n’appartienne qu’à eux.

Après tout, ils en ont tellement bavé ! Tous ces efforts, ces frustrations ! Toutes ces larmes aussi, et ces déceptions, si nombreuses qu’à un moment, ils ont failli renoncer. Ils ont eu bien fait de s’obstiner, de ne pas lâcher, de ne rien abandonner.

En dépit de la foule qui se presse dans la rame, lui trouve le moyen de libérer son bras pour replacer une mèche de ses cheveux bouclés. Elle, lui sourit plus largement. Il se penche dans son cou, lui murmure quelque chose à l’oreille ; elle éclate de rire.

Un rire cristallin qui attire sur eux de nombreux regards.

Comme le reste, ils ne les voient pas. Plutôt, ils s’en moquent.

Ils sont tellement heureux de cette journée !

Son téléphone sonne, elle hésite, décroche.

— Salut ma belle.

— …

— Nous en sortons justement.

— …

— Les nouvelles sont bonnes. Inespérées même.

Il lui saisit la main, la presse tendrement.

— Lucie ? Je suis enceinte, cette fois c’est vrai et pour de bon. Cette fois, c’est la bonne.

Le regard qu’il lui lance est embué. Elle sent l’émotion lui étreindre la gorge. Elle se rappelle de tous ces moments de fausse joie, de ces instants où elle est tombée à genoux, en pleure, devant un test négatif. Elle repense aux visites chez le gynécologue et chez tous ces spécialistes. En une fraction de seconde, elle revit leurs échecs successifs, les mauvaises nouvelles, les examens à n’en plus finir, les doutes des uns, et le scepticisme des autres.

D’un mouvement de tête, elle chasse le passé pour revenir au présent.

— Oui, nous allons chez mes parents pour leur dire.

Sa voix n’est plus qu’un f ilet enroué.

— Lucie, je te rappelle plus tard ok ?

Elle n’attend pas vraiment la réponse, elle raccroche simplement. Sa main un peu tremblante touche sa joue et sa barbe. Il se penche pour effleurer ses lèvres.

Une femme qui a tout entendu leur lance :

— Toutes mes félicitations.

 Dans un synchronisme parfait, ils la remercient.

Et puis il colle de nouveau son front au sien, et l’emporte avec lui, loin des larmes, mais près du bonheur.

Très, très près.

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