Flash fiction inspirée par vous

Tous les soirs, à la même heure, elle vient à sa rencontre.

Tous les soirs, quand elle s’approche, il n’en croit pas ses yeux.

Elle est si chic, avec ses tenues glamour, ses lunettes Dior, son allure impeccable ! Comment est-il possible qu’elle l’ait choisi lui, si misérable avec sa couverture miteuse, son sac de courses bon marché, ses chaussures trouées ? Lui qui pue tandis qu’elle sent divinement bon ? Lui qui est sale et manque d’hygiène pendant qu’elle donne chaque jour l’impression de sortir de chez le coiffeur ?

Comment se peut-il que dans son monde à elle, il y est une petite place pour lui ?

Il n’en sait rien. N’y comprend rien.

Pourtant, elle ne manque jamais un rendez-vous.

Quand l’horloge de la gare marque dix-huit heure trente, ils  se retrouvent. Ils échangent un sourire puis quelques mots. Elle tend vers lui un sac rempli de vivres, il tend vers elle la main qui s’en saisit.

Comme tous les soirs, elle lui demande s’il a besoin d’autre chose. Comme à chaque fois, il secoue la tête pour refuser. Quand elle est là, en face de lui, il en oublie tout, jusqu’à sa condition de sans-abri.

— Bon appétit alors, et à demain alors ?

Incapable de parler, il acquiesce. Impuissant à soutenir son regard, il baisse les yeux. Cette femme éveille en lui des sensations qui vont bien au-delà de la gratitude. Elle fait battre son cœur plus vite. Elle lui donne envie de tenir le coup, rien que pour la voir tous les soirs à dix-huit heures trente.

Mais il n’est pas idiot. Il sait qu’un homme comme lui avec une femme comme elle, est impossible. Inimaginable. Utopiste. Elle n’éprouvera jamais autre chose que de la compassion et de la bienveillance. Tant pis, il prend tout ce qu’elle veut bien lui offrir. Il prend son allure et son sourire. Sa classe, son élégance, sa gentillesse et son altruisme.

Pas une seule fois, il ne s’est demandé pourquoi lui et pas un autre. Jamais il ne s’est interrogé  sur ses motivations. Pas un instant l’idée ne l’a effleuré que son regard bleu, perçant sur sa peau hâlé, sa timidité, et son sourire pouvaient y être pour quelque chose. A aucun moment il ne s’est figuré qu’elle aimerait en savoir plus sur lui. Qu’elle aussi, se sent comme attirée comme un aimant, au point que chaque jour, elle se fait un point d’honneur à se retrouver dans cette gare, à dix-huit heures trente.

Comments

  1. J’aime les histoires de ces destins croisés…

    1. Maude says:

      Merci Marie 🙂

  2. Émérance says:

    Bonsoir, Maude,

    Je trouve ce texte très émouvant. Que ça fait du bien, d’imaginer que peut-être…

    1. Maude says:

      Merci Emérance ?

  3. alex says:

    très joliment écrit, et émouvant

    1. Maude says:

      Merci beaucoup 🙂

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