Flash fiction inspirée par vous

Ils se sont levés et la première chose que chacun a fait, est de se jeter sur son téléphone, pour voir l’heure ou les dernières nouvelles.

Au petit déjeuner qu’ils ont pris ensemble, chacun avait les yeux rivés sur son écran. C’est à peine s’ils se sont regardés, s’ils se sont embrassés.

S’ils se sont dit bonjour.

Une fois prêts, ils montent ensemble dans la même voiture qui les conduit à la gare RER. Et tous les deux entrent dans le même wagon. Un léger sourire se dessine sur son visage lorsqu’il s’efface pour la laisser passer ; c’est vrai, il a toujours été galant.

Il lui laisse encore choisir sa place : la même chaque matin, celle à côté de la fenêtre. Lui s’assoit à côté. Et tous les deux, en un geste parfaitement synchronisé, dégaine de leur sac à main ou de leur poche leur précieux téléphone portable. Pendant l’heure qu’ils vont passer dans le train, ils ne se regarderont pas, ne discuteront pas. Chacun sera happé par son propre univers, composé de jeu, de lecture, de musique et de réseaux sociaux.

C’est elle la première qui arrive à sa station. Elle se lève, lui murmure un vague bonne journée, puis sort sur le quai.

Par la vitre, il l’observe tandis qu’elle file vers les escaliers.

Une seconde plus tard, son téléphone se met à biper. Il sursaute, s’arrache à ses pensées pour découvrir de qui est la notification.

J’ai oublié de te prévenir que ce soir, je risque de rentrer plus tard. J’ai une réunion qui promet de s’éterniser.

Avec une certaine frénésie, il tape sur son clavier virtuel :

— Pas de souci, tu voudras que je prépare quelque chose ?

— Si tu es motivé, sinon, il y a le japonais.

— Ah oui, excellente idée.

— ? ?

—Passe une bonne journée David, à ce soir.

— A ce soir ma puce.

— 

La conversation s’achève ainsi. Lui est heureux, il a le sourire. Il ne réalise pas que cette conversation aurait pu être réelle si, quelques heures plus tôt, ils s’étaient salués au saut du lit. S’ils avaient conversé durant leur petit-déjeuner. Sans doute lui aurait-elle rappelé à cette occasion, sa réunion et son retard probable. Il lui aurait alors proposé comme il l’a fait, de cuisiner pour eux. Il l’aurait vu sourire pour de vrai. Ses lèvres auraient réellement embrassé les siennes.

Au lieu d’envoyer des cœurs virtuels pour lui révéler ses sentiments, il l’aurait prise dans ses bras et lui aurait simplement dit je t’aime.

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