Flash Fiction

Une fois n’est pas coutume, le RER est blindé. Elle se retrouve debout, serrée, coincée. Autour d’elle, des hommes, des femmes, des jeunes des plus âgés. Ils vont au travail, à l’école, à la fac. Elle, elle va au bureau. Un matin comme tant d’autres.
Quand la porte s’ouvre, ils sont toujours plus nombreux à monter. Elle recule. Bute presque contre un homme, s’excuse. Il sourit gentiment. Et puis le train démarre.
Soudain, elle sent qu’on se colle à elle. Qu’on bouge contre elle. Elle sent une dureté contre ses fesses. Ça insiste. Ça la touche. L’espace dans la rame est limité mais elle essaie quand même de se tourner pour voir qui est derrière elle. Il lui a souri tout à l’heure, à présent, il fuit son regard. Et dès qu’il le peut, il reprend ses mouvements.
Elle comprend son petit jeu et se sent mal.
Très mal.
Elle voudrait le fuir, voudrait se libérer. Chacune de ses tentatives est vouées à l’échec. Il ne la lâche pas. Il se presse encore plus contre elle. Presse son bassin. Presse son entrejambe gonflé .
Personne ne voit rien. Ils ne font pas semblant, ils ne voient vraiment rien. Il est donc peinard. Il peut continuer de s’exciter contre elle. Continuer de la suivre. Elle ne pourra aller nulle part de toute manière. Elle ne pourra rien faire.
Si, elle pourrait. Elle pourrait donner un coup de coude, lui crier après, l’insulter. D’autres plus braves qu’elle l’auraient certainement fait. Elle, elle subit cet assaut matinal et ferme sa gueule.
Vite que le train s’arrête.
Vite qu’elle en sorte.
Les secondes entre les stations sont une éternité. Ouf, la prochaine est la sienne.
Elle s’extraie du wagon aussi vite qu’elle le peut.
Puis elle se retourne.
Rien ne le trahit, ni sur son visage, ni dans son attitude. Il ressemble à tout le monde. Un homme en costume qui prend le train pour aller à son travail.
Est-ce qu’il a une femme ? Une fille ? Une sœur ? Une mère ? Il ne s’est certainement pas posé la question.
Rapidement, elle tourne le dos au train et file chercher les escalators.
Étrange monde où la honte envahit celle qui a subi non pour celui qui a agi.

 

Comments

  1. Emérance says:

    Ah! les frotteurs ne manquent pas dans les lieux publics. Une autre expérience, dans le métro, que j’ai vécue, il y a très longtemps lorsque je travaillais sur Paris. j’étais assise côté fenêtre, un type face à moi, le wagon archi blindé; Je ne sais pas pourquoi, un geste a attiré mon regard. C’est tout simplement ce monsieur qui se masturbait par dessus son pantalon à la vue de tous. Personne n’a rien dit, moi y compris. Mais j’ai ressenti une honte comme jamais. Quel malaise ! Je sais qu’aujourd’hui, je n’aurai pas la même gêne, et il aurait entendu parler du pays comme on dit chez moi.

    1. Maude says:

      Ils sont vraiment sans gêne c’est dingue !

  2. Julie-Suze says:

    OUi malheureusement, c’est une situation courante dans les wagons de métro ou les bus dans les villes. C’est lamentable! Cela m’est arrivé, lorsque j’avais 20 ans, dans une grande ville, et sentant bien que l’homme derrière moi n’était pas pris de tics incontrôlables, j’ai joué des coudes et d’un geste brutal me suis retournée et fait face au malotru. Je l’ai regardé, il était plus grand que moi, et les yeux dans les yeux, je lui ai demandé ” Et maintenant? ” Gêné et furieux il s’est décalé et a fait marche arrière. Je ne lui aurais jamais donné le temps de me souiller. Qu’est ce que je risquais? La foule m’entourait mais son indifférence ne me faisait pas peur. Je suis une combative.
    Maude, je pense que c’est ce que les femmes doivent faire pour réagir, et garder leur dignité.
    C’est ma profonde conviction.

    1. Maude says:

      C’est une attitude que j’aurais aimé avoir, l’histoire étant plus personnelle que fictive. Bravo à vous ☺

  3. Agnès says:

    Bonsoir,
    Je prends les transports tous les jours, heureusement cela ne met jamais arrivé, car je sais pas comment je réagirai….
    Je ne doute pas, comment on doit être mal à l’aise !

    1. Maude says:

      Bonsoir Agnès, c’est une bonne chose que cela ne vous soit jamais arrivé 🙂

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