Interview de Marie Lerouge

Une femme, un destin, est un concept que j’ai crée pour ma collection de romans : chacun présente une héroïne à un tournant de sa vie.

J’ai souhaité élargir cette idée en m’intéressant à des femmes réelles qui ont choisi, à un moment ou un autre de leur vie, de prendre la plume et d’écrire.

Ces femmes sont à l’origine de ces livres que nous achetons, lisons, apprécions ; elles ne sont pas forcément célèbres (pour le moment) mais elles gagnent à être connues.

La rubrique de plume à plume est ainsi l’occasion de faire leur connaissance et de découvrir aussi bien la femme que l’autrice.

La première à accepter de répondre à mes questions est une femme dont j’ai fait la connaissance récemment, et dont le livre Le choix de Pénélope, m’a séduite. Je vous en avais parlé ici.

Pour inaugurer de plume à plume, je vous présente…

Marie Lerouge

Première partie : la femme

M.P : Bonjour Marie, pour commencer, peux-tu te présenter en quelques mots ?

M.L : Je suis une femme mûre, mariée depuis longtemps et mère de trois fils adultes. Ceci dit, je n’ai pas l’impression que l’âge, ni le statut familial ou social me définissent vraiment. Je me considère plutôt comme la somme de mes multiples expériences. Je suis une femme libre de mes choix, passionnée par ce qui m’entoure et avide de découvertes.

M.P : Je rebondis sur ta dernière remarque. Une femme libre de tes choix… as-tu toujours été ainsi, avec cet état d’esprit ?

M.L : Toujours ! Avec des compromis. Par exemple, j’ai choisi de suivre mon mari dans ses différents postes en France et à l’étranger au détriment de ma carrière de journaliste parisienne car il n’a pas toujours été possible pour moi de rebondir professionnellement. Même si ce choix m’a coûté, il m’a permis de vivre des expériences incroyables, de rencontrer des tas de gens, d’être confrontée à des cultures différentes et m’a conduit vers l’écriture. Au final, je ne regrette rien. Maintenant, je suis libre de mon temps, ce qui est un luxe.

M.P : Peux-tu nous décrire à quoi ressemble une journée type ?

M.L : Écrire est devenu mon activité principale, mon travail. J’insiste beaucoup là-dessus auprès de mes proches, même si ce travail ne me fait pas vivre. C’est une activité qui rythme mes jours, mais sans aucune régularité. Je suis incapable de me dire : aujourd’hui, je vais travailler de telle heure à telle heure. J’écris en priorité et à côté de ça, je vis, c’est-à-dire que je me plonge dans la réalité quotidienne qui nourrit mon inspiration.

M.P : Tu insistes beaucoup auprès de tes proches… est-ce à dire qu’ils ont du mal à concevoir qu’écrire peut-être un travail au même titre que n’importe quel autre ?

M.L : Pour eux, ce n’est pas un travail, c’est un hobbie. Je m’en suis fait une raison. Mon mari et mes fils ne me lisent pas. Plus par pudeur que par indifférence, je crois. Mais je sais par la bande qu’ils sont fiers de moi, même s’ils n’osent pas me le dire en face.

M.P : La femme, Marie Lerouge, a-t-elle des hobbies, des passions, qui n’ont rien à voir avec l’écriture ?

M.L : Je suis très curieuse. Ce qui me passionne, c’est d’aller voir ailleurs ce qui se passe, et comment vivent les autres, que ce soit derrière une porte, au bout de ma rue ou au bout du monde. Donc, j’aime les voyages, et puis la photo, la lecture, la marche et tout ce qui touche à la culture : expos, ciné, architecture… J’adore aussi la déco et les loisirs créatifs : patchwork, broderie, encadrement, bijoux… Le jour où je n’aurai plus envie d’écrire, j’apprendrai la menuiserie pour retaper les vieux meubles que je récupère.

M.P : C’est intéressant, tiens. D’ordinaire les gens sont catégorisés, intellectuels ou manuels, toi, tu sembles à même de combiner les deux…

M.L : Je n’apprécie pas trop les catégorisations. Pour faire marcher ses mains, il faut aussi faire marcher son cerveau. Les deux relèvent du processus de la création. Assembler les mots pour en faire un roman ou assembler des bouts de tissus pour en faire un patch, pour moi, ça revient au même. Mieux, pendant que je couds, je peux réfléchir à des scénarios de romans. Régine Deforges, une romancière libre et frondeuse s’il en était, brodait. Elle avait même écrit un ouvrage sur le point de croix avec sa copine de plume Geneviève Dormann qui vient de nous quitter.

Deuxième partie : l’autrice

M.P : Abordons l’écriture, comment en es-tu arrivée là ?

M.L : Naturellement et à l’adolescence comme beaucoup d’écrivains. Je suis une pure littéraire que les sciences rebutent. J’ai eu la chance, après la fac, de pouvoir réaliser un de mes rêves en devenant journaliste de presse écrite dans le domaine économique. Etre payée pour faire ce que j’aimais plus que tout : écrire et voyager, je trouvais ça extraordinaire. Du reportage, je suis passée facilement au roman, sans les contraintes de délai, de longueur ou d’objectivité. Une vraie liberté, mais j’ai gardé mes réflexes de journaliste et je me documente beaucoup pour être crédible et éviter l’approximation.

M.P : Dirais-tu que le journalisme est une bonne école pour écrire des romans ?

M.L : Non. La démarche est très différente. Le journaliste n’a pas recours à l’imagination. Au contraire, il doit coller aux faits, être synthétique et clair, sans effets de style. En revanche, je n’ai aucune difficulté à couper dans mes textes au moment des corrections éditoriales. J’ai l’habitude.

M.P : Pour le coup, tu as largement répondu à la question suivante : Autodidacte ou formation (ateliers, livres, coach, etc) ?

M.L Formée sur le tas et par la lecture.

M.P : Tu fais donc partie de celles et ceux, tel Stephen King qui disent que pour écrire, il faut beaucoup lire ?

M.L : Pas forcément. Au contraire, ça peut être décourageant de se dire, après les avoir lus, qu’on n’écrira jamais mieux que Proust ou Céline, pour donner deux exemples dont les styles s’opposent complètement. Pour écrire, je crois qu’il faut d’abord avoir le goût des mots et des histoires. Ça peut venir d’ailleurs, des contes entendus dans l’enfance par exemple, du cinéma… Mais il est essentiel aussi de maîtriser la langue, de connaître la grammaire et surtout d’avoir quelque chose à dire.

M.P : J’adore écrire parce que je trouve ça libérateur. Et toi, qu’aimes-tu le plus dans cette activité ?

M.L : C’est vrai. Écrire peut être une façon de se libérer de certaines angoisses, de blessures anciennes ou d’un trop plein d’imagination. Dans ce cas, il n’est pas obligatoire d’être publié. On peut aussi se contenter d’écrire pour son tiroir. Pour ma part, écrire me permet de m’isoler dans ma tour d’ivoire pour inventer une nouvelle réalité, vivre par procuration de nouvelles expériences. J’avoue que c’est aussi une façon de fuir la réalité justement. Marguerite Duras disait que quand on écrit, on ne vit pas. Je suis d’accord.

M.P : Où trouves-tu ton inspiration ?

M.L : Partout. Dans les propos des gens que je capte dans la rue, les transports, les cafés (je note des bouts de dialogues, des expressions dans un petit carnet et j’ai lu que Katherine Pancol faisait ça aussi) ; dans les films, les livres, les magazines ; dans les paysages… Par exemple, l’idée de Happy Solo est venue d’un article du magazine ELLE, récupéré dans la poubelle de mon immeuble (depuis, ma voisine me les passe ?). L’une des idées de mon prochain roman a été inspirée par un reportage vu à la télé sur la façon dont sont rédigés les horoscopes. En fait, je suis une glaneuse : j’adore récupérer ce qui traîne pour le transformer.

M.P : Quel est ton genre de prédilection ? Saurais-tu expliquer pourquoi lui et pas un autre ?

M.L : Dans mes lectures, je suis assez éclectique, avec une préférence pour le roman contemporain. Dans mon écriture, je suis cataloguée Romance. Un genre qui a ses codes que je respecte, mais que je m’efforce d’élargir. Dans mes romans, il y a souvent plusieurs intrigues amoureuses parallèles et j’essaie de mélanger les générations. Je traite aussi, à ma façon que j’espère légère, de thèmes pas forcément porteurs, comme la mort dans Et son ombre sera légère, la maladie dans Vers les beaux jours, ou le handicap dans Le choix de Pénélope.

Pour répondre à la seconde partie de ta question, la romance m’offre le cadre idéal pour exprimer toute la palette des sentiments en tendant vers ce qu’on appelle la littérature blanche. L’historique est un genre qui demande trop de recherches. Je serais incapable d’écrire un polar ou un roman fantastique. »

M.P : Tu as écrit pas mal de romans, quel est celui que tu préfères et pourquoi ?

M.L : Comment choisir entre ses bébés ? Je les aime tous. Puisque tu m’y obliges, je vais tricher en en citant deux : L’héritière comblée (qui va reparaître bientôt) parce qu’il est lié à la période provençale de ma vie et que le héros me touche beaucoup ; Le choix de Pénélope (Harlequin-HQN) parce qu’il rassemble mes thèmes de prédilection : le voyage, l’art et la tolérance.

M.P : Si je te suis bien, il y a une part autobiographique dans tes livres ?

M.L : Aucun de mes livres publiés n’est autobiographique et pourtant, j’habite chacun d’entre eux en y instillant mes expériences, mes passions, mes valeurs… Mais c’est le cas pour chaque romancier, je suppose.

M.P : En tant qu’autrice comme en tant que lectrice, y-a-t’il des auteurs/autrices que tu admires ?

M.L : Question délicate. A part les auteurs que je connais personnellement ou virtuellement et que je ne peux pas tous citer, je répondrais sans trop réfléchir, mais en respectant la parité :
– Chez les contemporains francophones : Delphine de Vigan, Marc Dugain, Maylis de Kerangal, Sylvain Tesson, Fred Vargas, Emmanuel Carrère…
– Chez les classiques : Marguerite Duras, Anaïs Nin, Aragon, Prévert et presque toute la littérature russe.
J’en oublie plein.

M.P : Y a-t-il un livre dont tu aurais aimé être l’autrice ?

M.L : Aujourd’hui, ce serait Seule Venise de Claudie Gallay que je viens juste de relire. Parce que dans un style très simple, avec des phrases courtes, à la première personne du présent, elle plonge le lecteur au cœur de son récit. On a l’impression de la suivre dans les rues d’une Venise hivernale. On ressent toutes ses émotions, on souffre avec elle. C’est magique. J’aimerais être capable d’écrire comme elle.

M.P :  Bravo, en quelques lignes, tu as su me donner envie de découvrir ce livre… mais revenons à toi. Tes livres sont-ils publiés dans une maison d’édition ou en autoédition ? Peux-tu expliquer ce choix ?

M.L : Quand j’ai été publiée pour la première fois en 2011, l’autoédition n’était pas aussi développée qu’aujourd’hui et plutôt décriée. Depuis, ça a changé heureusement, mais j’ai toujours préféré me reposer sur un éditeur pour la fabrication et la promotion de mes romans, non sans déceptions, parfois. Alors l’autoédition, oui, j’y réfléchis pour des manuscrits restés dans mes tiroirs ou dont j’ai récupéré les droits, mais j’ai toujours un peu peur de m’y lancer.

M.P : De quoi as-tu peur ?

M.L : Je prends le prétexte d’avoir à assumer la fabrication et la promotion pour ne pas oser faire le plongeon. Pour être honnête, je ne suis pas sûre de moi et j’ai besoin d’être rassurée par l’approbation d’un éditeur.

M.P : Nous venons d’entamer une nouvelle année, quels sont tes projets ?

M.L : Tu me donnes l’occasion de te donner la primeur de deux annonces :

– J’ai signé un contrat avec les Editions du 38 pour une romance à paraître normalement au printemps dans la collection Corail et je suis très contente d’entreprendre une collaboration avec cet éditeur qui publie déjà certains des auteurs que j’apprécie.

– Un mariage si simple et L’héritière comblée, mes deux premiers romans édités, vont reparaître très bientôt, en ebook et en poche, aux éditions Prisma. Je suis heureuse qu’on puisse les redécouvrir à un prix attractif chez un éditeur qui s’appuie sur un groupe puissant. »

M.P : Félicitations ! L’année s’annonce donc particulièrement intéressante et chargée ! Alors si nous voulons nous tenir informés de toute ton actualité, et si nous souhaitons se procurer tes romans, comment faisons-nous ? Où peut-on trouver tes romans, et te trouver toi ?

M.L : Mes romans, sur Amazon et toutes les plateformes de vente en ligne, et aussi sur le site de Harlequin-HQN pour mes 3 titres publiés chez eux en version ebook. Mes 3 titres papier publiés chez Il était un bouquin et chez Nisha peuvent être commandés en ligne, chez Cultura pour un retrait à la Fnac ou chez son libraire habituel en insistant un peu (ou pas). On me trouve sur ma page Amazon et sur ma page Facebook : Marie Lerouge Auteure. Et s’il y a des commandes, avis aux amateurs, je serai de passage à Livre Paris avec mon stock. Je suis aussi présente dans certains salons que j’annonce sur ma page.

M.P : Allez, je termine avec la question bonus qui, je le crois, permet en peu de connaître beaucoup de ta personnalité : Si tu croisais la route du génie d’Aladin, quels seraient les trois vœux que tu formulerais ?

M.L : Généralement, j’aimerais que les rapports humains soient plus apaisés, que les gens prennent le temps de se parler sans agressivité, de s’écouter, de tenter de se comprendre, d’accepter leurs différences… ça réglerait pas mal de problèmes, je crois.

Personnellement, j’aimerais avoir le temps d’accomplir le reste de mes rêves, parmi lesquels voyager et écrire encore et toujours. »

M.P : Marie, je te remercie d’avoir répondu à mes questions avec franchise et générosité. Je te laisse le mot de la fin…

M.L : D’abord, merci Maude de m’avoir choisie pour inaugurer ta rubrique Plume à plume. Je suis très touchée. J’ai hâte de lire les prochaines. Et enfin, puisqu’il est question de femmes, de destins et de liberté, et qu’il me reste un troisième vœu à formuler au génie d’Aladin, ce serait que les femmes aient la liberté de choisir leur destin partout dans le monde.

Pour trouver Marie Lerouge :

Page amazon : https://www.amazon.fr/Marie-Lerouge/e/B004Z2TQLI/
Page Facebook : https://www.facebook.com/marielerougeauteure/
Page Harlequin : https://www.harlequin.fr/recherche?search=marie+lerouge

 

Comments

  1. Bibicheandco says:

    Une très belle idée cette rubrique ?

    1. Maude says:

      Merci 🙂

  2. Super interview ! J’ai beaucoup aimé.

    1. Maude says:

      Merci, c’est un saut dans l’inconnu mais très intéressant 🙂

  3. Lis ZaBelle says:

    Un très beau rdv littéraire.. ..merci et félicitations. …c’est beau et bon

    1. Maude says:

      Merci Lis ça me touche beaucoup 🙂

  4. Emerance says:

    Félicitations, Maude, cette rubrique est pleine d’enseignements, que tu as su mener haut la main. J’ai hâte de lire les prochaines. Les questions sont hyper intéressantes.
    Merci à Marie d’avoir jouer le jeu. C’est une personne que j’admire beaucoup, qui a un talent fou, pour nous faire pleurer à chaudes larmes et nous faire mourir de rire. Je l’adore et je suis très heureuse d’apprendre que je vais pouvoir, enfin, lire et découvrir des livres réédités.

    1. Maude says:

      Merci Emérance, je suis très touchée 🙂 Oui, Marie est vraiment très sympa, je l’apprécie également beaucoup.

  5. Très bonne idée cette page qui donne la parole à d’autres plumes. Une belle découverte aussi!

    1. Maude says:

      Merci j’espère avoir l’occasion d’en faire plein d’autres 🙂

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