Le poids des mots

Laissez-moi vous parler de Susan.

Susan pourrait-être vous, un de vos proches, ou moi.

Voyez-vous, Susan est une femme sans histoire. Son enfance en apparence se passe tranquillement.

Sauf qu’un jour, son grand frère qu’elle adore lui lance qu’elle est vraiment laide.

Susan ne réagit pas. Du moins, extérieurement, elle demeure imperturbable.

Dedans en revanche, cette affirmation provoque un cataclysme, une avalanche de questions et de doutes puis de certitudes.

Susan fait de la course à pied. A l’université, elle s’enthousiasme pour une compétition mais ses copines lui parlent d’une adversaire vraiment redoutable. Susan comprend qu’elle ne pourra jamais gagner.

Toutes les fois où elle se prend à rêver de réussir quelque chose, elle entend cette petite voix intérieure qui la fait redescendre de son petit nuage.

On lui demande de consulter un médecin parce qu’on la trouve maigre, elle comprend : tu es grosse.

Une fois mariée, elle s’essaie à la pâtisserie et demande à son mari si ses pancakes sont aussi bons que ceux de la grand-mère. Il lui répond que les siens étaient plus fins…. Que comprend Susan  ? Qu’elle est nulle et qu’elle ne fera jamais de bons pancakes.

Susan divorce… eh oui, elle se figure que c’est parce qu’elle n’était pas digne d’amour, qu’elle ne le méritait pas.

Toute sa vie, Susan se convainc qu’elle n’est pas à la hauteur, qu’elle n’est pas digne d’être aimée, qu’elle n’a pas ce qu’il faut pour réussir. Chaque échec vient nourrir sa conviction. Chaque nouvelle déception vient alimenter ses certitudes.

Nous voilà le soir de Noël. Toute la famille est réunie. Susan croise son frère.

” Tu te souviens quand tu m’as dit que j’étais laide ?”
Son frère se met à rire.
” Oui, je te taquinais.”
Susan devient livide. Sa gorge se noue.
” Je t’ai cru” lui lance-t-elle alors.

Evidemment, son frère est confus et quelque peu bouleversé. Susan elle, réalise plusieurs choses :

– elle aurait dû tout de suite réagir et sur l’instant, lui dire qu’elle avait été blessée au lieu de rester impassible et de laisser ces paroles la ronger de l’intérieur,
– elle sait le poids des mots et essaie de faire attention à ce qu’elle dit, surtout à ses proches, car ils ont plus facilement tendance à prendre nos propos pour argent comptant.

Cette histoire m’a touchée parce que c’est vrai, on ne se rend pas forcément compte du poids de nos paroles, surtout si en apparence, la personne qui les reçoit ne réagit pas. Et puis j’ai de la peine pour Susan qui toute sa vie, s’est convaincue qu’elle était nulle au prétexte qu’un jour, son frère lui a fait une remarque qu’elle a cru.

Et vous, croyez-vous au poids des mots ?

(L’histoire de Susan est dans un livre stories of women)

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