Un roman sentimental qui vous met au vert.

Vétérinaire de 31 ans,Tessa est blasée par la vie parisienne. Elle décide alors d’abandonner son confort et sa routine pour s’installer en Bourgogne, et se confronter à des animaux d’un tout autre gabarit que ses chiens et chats traditionnels. Mais la jeune femme est loin de s’imaginer l’accueil qui lui sera réservé. Confrontée au scepticisme et à la franche hostilité de ses nouveaux voisins, Tessa devra aussi face à un cas très particulier de maltraitance animale. Aura-t-elle assez de force pour s’imposer ? Avec l’aide d’Alain Bidot, le vétérinaire attitré de Beauchamps et d’Arthur Jacquemin, un éleveur de chevaux très à son goût, réussira-t-elle sa reconversion à la campagne ?
Si vous voulez un roman sentimental, où action et suspens se mêlent à l’émotion, vous avez fait une bonne pioche.

Avis de lectrices

Lecture simple!! une Bonne lecture qui m'a permit de devouvrir la mentalite diverse dans ce village de campagne Francaise. A lire pour ceux qui aime des petites histoires d'amour a la va vite.
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Encore une belle histoire d'amour, facile et agréable à lire. J'ai beaucoup apprécié Tessa qui n'a pas froid aux yeux, et son amoureux qui sous son air robuste est très fragile.
Marie
J'ai adoré l'héroïne, qui a un caractère bien trempé. L'histoire est bien ficelée, et nous fait découvrir le monde rural d'une bien belle manière, malgré les noirceurs de certains personnages. N'hésitez-pas pour passer un bon moment.
Céline

Un avant-goût du voyage que vous ferez

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Lire un extrait

Chapitre premier

Les pneus de la Twingo crissèrent dans l’allée couverte de graviers. Tessa sortit de son véhicule, et se dirigea d’un pas assuré vers l’entrée d’un bâtiment un peu perdu au milieu de champs de colza. Au-dessus de sa tête, la croix blanche et bleue amena sur son visage un peu tendu un léger sourire. La voilà arrivée chez elle. Son nouveau chez elle.

D’une main plus ferme, elle poussa la porte et se retrouva devant une très jeune femme en blouse bleue.

— Bonjour Madame, l’accueillit celle-ci, en lui souriant. Puis-je vous aider ?

Tessa la considéra un court instant avant d’étudier une nouvelle fois la petite salle d’attente : quatre fauteuils, une balance, un aquarium sur la droite, des brochures sur la gauche. Au mur, des affiches, et un panneau couvert de petites annonces. Derrière l’accueil, des sacs de nourriture, des harnais, des laisses et toutes sortes de jouets.

— Je suis Tessa Valmont, je voudrais voir le docteur Bidot s’il est là.

La jeune femme hocha la tête et disparut de l’accueil un instant. Elle réapparut quelques secondes plus tard, en compagnie d’un homme aux traits burinés, ridés, aux yeux d’un vert très clair, au sourire généreux.

— Docteur Valmont, fit-il en se portant au-devant de Tessa. Il prit sa main et l’enserra chaleureusement dans la sienne.

Je suis content de vous revoir.

— Le plaisir est pour moi, assura Tessa tandis qu’il l’entraînait à l’arrière de la clinique, vers son bureau, petit espace impersonnel, mais propre et très lumineux.

— Avez-vous fait bonne route ?

— Oui merci… Paris n’est pas si loin et pourtant, j’ai l’impression d’un autre monde par ici observa-t-elle, les yeux par-delà la fenêtre, sur les champs de colza.

— La région est très jolie, vous verrez, et les habitants sont très attachants.

Si la jeune femme n’avait eu aucun problème dans la région parisienne, là où elle avait étudié et exercé pendant ces douze dernières années, elle appréhendait légèrement ses premiers pas en tant que vétérinaire à Beauchamps, petit village de quelques deux mille habitants, situé à une centaine de kilomètres au nord de Dijon.

— J’espère qu’une fille de la ville ne les effraiera pas trop.

Le docteur Bidot la dévisagea à travers ses lunettes en verre épais. Tessa était une jeune femme au physique très agréable, avec un beau visage aux traits délicats, aux yeux noisette. Elle était grande et svelte, avait une allure élégante que d’aucuns qualifieraient de hautaine et de froide.

— Ne vous inquiétez pas, ils vous mangeront dans la main, assura-t-il en la gratifiant d’un sourire bienveillant qui éclaira tout son visage. En attendant, si vous le voulez bien, nous allons vous installer. Martine a hâte de faire votre connaissance.

Joignant le geste à la parole, il se leva et sortit avec elle récupérer ses bagages. Tessa fit descendre de voiture Flocon, son bichon de quatre ans. Aussitôt, le chien se mit à courir autour d’eux en poussant des jappements.

— Flocon va se plaire ici, ça va lui changer du bois de Boulogne et du parc dans lequel j’avais pour habitude de le promener.

 

Martine attendait son époux et sa nouvelle associée devant la porte d’un grand corps de ferme entièrement rénové. Quand elle découvrit Tessa, elle fronça imperceptiblement les sourcils, ce qui n’échappa pas à cette dernière.

— Bonjour madame dit-elle en la saluant poliment quoiqu’avec un peu de raideur.

— Martine. Appelez-moi Martine.

Tessa considéra un instant la femme qui lui ouvrait la porte de chez elle. Elle avait des cheveux courts tout blancs, des yeux bleu acier, des lèvres fines et une peau aussi ridée que celle de son mari.

— Martine, accepta-t-elle. Je suis Tessa Valmont. La nouvelle associée d’Alain.

Martine acquiesça.

— Soyez la bienvenue chez nous.

Tessa ne trouva dans ces paroles d’accueil aucune trace d’hostilité ni de feinte. Alors, elle se détendit.

— Merci à vous. Le docteur Bidot m’a offert l’hospitalité le temps que je me trouve un appartement, et je l’en remercie, mais il va de soi que je vous paierai un loyer…

— Ce n’est pas le docteur Bidot, mais Alain. Personne ici ne m’appelle Docteur Bidot sauf ceux qui ne sont pas de la région. Quant à votre hébergement, comme je vous l’ai dit au téléphone, nous avons de la place à ne plus savoir qu’en faire. Vous avez donc tout votre temps pour chercher et trouver ce qui vous convient. 

L’hospitalité de ce vieux couple toucha profondément la jeune venue. Elle attrapa Flocon dans ses bras et caressa le sommet de son crâne.

— Qu’en penses-tu Flocon ? Le chien se mit à aboyer, ce qui fit rire Martine et Alain. Bon, alors je crois que l’affaire est entendue.

Tandis qu’Alain empoignait ses valises, Martine la guida vers une des dépendances. À l’intérieur, se trouvaient une petite cuisine tout équipée, un canapé, une télévision, et tout au fond, près du mur en pierres, un escalier en bois qui menait à une mezzanine.

— Installez-vous, prenez votre temps. Je vous attendrai à la clinique.

Tessa remercia Alain et Martine puis elle fit le tour du propriétaire, regardant les équipements de la cuisine, essayant le canapé, admirant la vue depuis sa chambre, inspectant la salle de bains. Tout était propre et en parfait état ; tout était à sa convenance.

Soulagée, elle défit ses bagages et rangea soigneusement ses vêtements et le reste de ses affaires. Puis elle descendit retrouver Alain, laissant Flocon qui d’office, s’était approprié le canapé.

 

À la clinique, Alain lui présenta Pauline, la jeune assistante vétérinaire qui s’occupait de l’accueil, de la réception téléphonique et des soins aux animaux pensionnaires, puis il lui montra la salle d’examen ainsi que la salle d’opération. Il était en train de lui faire l’inventaire de son matériel lorsque Pauline vint les chercher pour le premier patient de la journée : une chienne qui devait se faire enlever deux tumeurs. Alain en profita pour présenter Tessa à la propriétaire, puis il emporta la chienne dans la salle d’opération et laissa Tessa se charger de retirer les tumeurs. Il ne la quitta pas des yeux pendant toute l’intervention et lorsqu’elle eut fini, il la félicita pour ses gestes précis et déterminés.

Peu après un autre propriétaire arriva avec deux chats qu’il venait faire vacciner. Il y eut ensuite plusieurs castrations, et l’arrivée d’une chienne, Canine, qui avait de gros problèmes de digestion. Tessa estima nécessaire de la garder en observation et convainquit sa propriétaire de la lui laisser.

La fin de journée s’acheva avec un chat prénommé Tigrou, qui présentait une très mauvaise dent ; un gros abcès s’était formé et lui avait traversé la joue. Tessa eut un peu de mal à le maîtriser pour pouvoir l’emmener dans la salle d’opération. Sous le regard acéré d’Alain, elle l’endormit et procéda à un détartrage complet, puis elle retira le morceau de dent responsable de la perforation, et recousit la joue.

À son réveil, Tigrou vomit plusieurs fois, mais lorsque son propriétaire revint le chercher, il allait nettement mieux.

— Bravo Tessa approuva le docteur Bidot. Je suis très impressionné.

Tessa haussa modestement les épaules.

— J’étais vétérinaire canin à Paris, les chiens et les chats, ça me connaît. Pour le reste en revanche, à l’exception peut-être des chevaux, je doute de vous impressionner de la même manière.

Alain se mit à rire.

— Nous n’allons pas tarder à le savoir, annonça-t-il avec malice. Pauline, on te laisse les clefs de la boutique pour un moment. En cas d’urgence, oriente les patients vers Dijon. Si tu ne peux vraiment pas, appelle-moi. Tessa vous me suivez en voiture d’accord ?

Le sourire aux lèvres la jeune vétérinaire obéit et monta dans sa Twingo tandis que son associé mettait en marche le moteur de son Scénic.

Tessa savait qu’en s’associant à quelqu’un comme Alain, un vétérinaire mixte, à la fois canin et rural, elle devrait elle aussi abandonner les murs aseptisés de la clinique pour battre la campagne et soigner des cochons, des vaches, des moutons, des chevaux… C’était précisément ce qu’elle recherchait. Vivre son métier autrement, sortir de son confort, et en faire plus pour ces bêtes, qu’elle avait un temps détestées, mais qui aujourd’hui, étaient devenues sa passion.

Durant tout le trajet, elle repensa à cette vie qu’elle venait d’abandonner : une place de vétérinaire dans une clinique parisienne qui marchait bien, un appartement à Rueil-Malmaison dont elle était propriétaire, et quelques bons amis ; plus de petits amis depuis qu’elle avait mis fin à sa relation avec Anthony voilà six mois et demi, et aucune famille. Finalement se dit-elle en imitant Alain et en tournant à droite pour prendre un chemin de terre, elle ne laissait pas tant que ça derrière elle. Simplement une vie bien confortable dont elle avait fini par se lasser.

 

Alain roula encore sur près de cinq cents mètres avant de franchir un portail vert et de se garer près de la stabulation. Il y attendit Tessa puis il lui donna une paire de bottes, une chasuble de vêlage, ainsi que des gants.

— Je crois qu’Arthur est sur place dit-il en désignant un Land Cruiser gris.

— Qui ?

— Arthur Jacquemin. Il habite tout à côté. Lui élève des chevaux, Guy et Béatrice Servin, des vaches.

— Super, du public, grimaça Tessa en enfilant sa tenue.

Une lumière crue éclairait le box de vêlage. Alain y retrouva le couple Servin, des éleveurs assez âgés, ainsi qu’Arthur Jacquemin, venu sans doute prêter main-forte.

— Bonsoir à tous, fit-il en les saluant tous les trois. Voici Tessa, ma nouvelle associée.

Le couple la dévisagea en silence ; Arthur Jacquemin leva un sourcil.

— J’ignorais que tu te cherchais un associé.

— Je me fais vieux, expliqua Alain. Je n’ai pas envie de raccrocher, mais la vie peut en décider autrement. Et puis la clinique a besoin de sang jeune et frais. Tessa est super.

Tessa essaya de leur sourire à tous, mais aucun des trois ne le lui rendit. Alors, elle cessa de s’intéresser aux humains pour se consacrer à l’animal dans le box : une vache qui peinait à délivrer son petit.

— Où en sommes-nous ?

— Je n’ai vu qu’une patte, répondit Guy Servin. Alors j’ai préféré appeler. 

— Êtes-vous certaine que votre place est ici ?

La voix froide, sceptique, d’Arthur Jacquemin résonna à ses tempes comme un reproche. Promptement, elle se tourna vers lui.

— Je suis vétérinaire monsieur, alors oui, ma place est bien ici, auprès de cette bête mal en point.

Elle vit sa réaction. Elle sentit son regard vert très perçant la scruter, la jauger. Puis elle le vit reculer et hocher imperceptiblement la tête en direction des Servin.

— Tessa, tu vas enfoncer ta main dans le vagin de la génisse et me dire ce que tu sens d’accord ?

— Êtes-vous certaine… ?

— Fermez-la ! s’énerva Tessa avant de faire ce qu’Alain lui demandait.

C’était une première pour elle, et tout son être tremblait intérieurement ; en surface cependant, elle demeura imperturbable. C’était une première, et un test aussi. Les gens autour d’elle semblaient douter de ses compétences. Peut-être parce qu’elle n’avait pas le physique de l’emploi. Peut-être parce qu’ils n’avaient jamais eu affaire de leur vie à une vétérinaire femme, guadeloupéenne de surcroît. Quoi qu’il en soit, ils doutaient tous. Même Alain semblait attendre qu’elle lui donne une preuve que sa place était bien dans ce box et nulle part ailleurs.

Alors, avec une farouche détermination, elle plongea sa main dans le vagin et sentit tout de suite que le col n’était pas dilaté. Elle avança encore et toucha un pied, puis un autre, et ce qui lui sembla être un museau.

— Cela ne devrait pas être trop compliqué, mais il n’y a pas beaucoup de passage. Il va falloir la dilater, peut-être envisager une épisiotomie… Et zut…

— Quoi ?

— Qu’est-ce qu’il y a ? questionna Arthur Jacquemin.

— Un pied par-dessus la tête du veau.

— Des jumeaux peut-être ? Mais le ventre de la mère est un peu petit… essaie de voir s’il est en vie. Pince fort l’un des antérieurs, entre deux onglons si tu peux.

Tessa fit ce qu’il lui commanda avant de secouer la tête.

— Aucune réaction. Je vais encore essayer.

Elle pinça très fort une nouvelle fois, mais il ne se passa rien, il n’y eut aucun mouvement du veau, rien qui puisse indiquer qu’il était en vie.

— Il est probablement mort, annonça Alain aux deux éleveurs.

— Je vais voir s’il y en a un deuxième.

Elle s’enfonça un peu plus dans le vagin de la vache, essayant de passer entre les pattes et la tête du premier veau. Au même moment, sans prévenir, la vache se mit à pousser très fort. Son poignet se retrouva broyé par des os droits très durs, et par une tête de veau qui avançait consciencieusement.

De douleur, elle grimaça en massant ses articulations.

— Qu’y a-t-il ? interrogea Arthur Jacquemin en remarquant son visage crispé de douleur.

— Rien si ce n’est que mon poignet et mon bras ont été écrabouillés.

— Et ma Céleste ? Comment est-elle ?

Tessa fusilla le propriétaire de la génisse du regard.

— Je retourne voir, annonça-t-elle sèchement.

De nouveau, elle s’enfonça dans le vagin et après plusieurs palpations, et de nombreuses souffrances, elle détermina le nombre de veaux.

— Il n’y en a qu’un, mais il se présente très mal.

— Essaie de le tourner, de le mettre en bonne position.

Elle fit de son mieux pour le remettre dans une position plus propice à son extraction, mais entre l’étroitesse du ventre de Céleste, et ses poussées continues, elle eut toutes les peines du monde à y arriver.

— Ça va aller Tessa, tu as tout ton temps, l’encouragea Alain. Tu fais du bon boulot jusque-là.

— Comment va Céleste, s’inquiéta Béatrice Servin.

— Elle tient le coup, promit Alain.

Pendant que son confrère tentait de rassurer l’éleveuse, Tessa constata la dilatation du vagin. Suivant à la lettre les instructions d’Alain, elle fixa des lacs aux antérieurs du veau puis Alain se mit à tirer tout doucement. Par chance, Céleste continua de pousser très fort, ce qui permit de faire avancer lentement mais sûrement, le mort-né vers la sortie.

— Nous devons protéger la mère, expliqua Tessa à l’attention du couple qui observait la scène, horrifié, effrayé ; quelques larmes perlèrent même au bord des yeux de Béatrice Servin.

— Sauvez ma Céleste s’il vous plaît. 

Avant qu’elle ait pu prononcer une parole, Tessa vit Arthur Jacquemin prendre la vieille femme dans ses bras robustes.

— Ne t’inquiète pas Béa, ça va aller. Ils sont deux et tous les deux sont des pros. Céleste est entre de bonnes mains.

Son regard croisa celui assombri par l’effort de la jeune femme. Et pour la première fois, un léger sourire fendit son visage jusque-là fermé, dur, méfiant.

— Vous allez y arriver, affirma-t-il pendant qu’elle se concentrait à nouveau sur le veau qui s’avançait lentement vers la lumière.

Malgré les craintes de la jeune femme, la tête du veau puis les épaules réussirent à passer. Fatiguée, Céleste choisit ce moment précis pour se laisser tomber sur le sol.

— Cela ne devrait plus être long maintenant, commenta Alain.

Et comme prédit, le reste du veau sortit sans plus de difficulté. Aussitôt, Béatrice Servin éclata en sanglots et se rua à l’extérieur de la stabulation, suivie de près par son époux.

— C’est le choc, expliqua-t-il. Céleste est sa vache préférée.

Tessa retira le placenta avant d’examiner la bête. Elle avait été un peu déchirée, mais ce n’était rien de bien dramatique.

— Je vais terminer si tu veux, se proposa Alain sans masquer qu’il était satisfait par la prestation de sa nouvelle associée.

— Non, si tu le permets je vais m’occuper de cette pauvre maman orpheline de son enfant.

Les deux hommes toujours sur place la regardèrent soigner les quelques blessures que le vêlage avait provoquées. Ils la virent ensuite se rapprocher du museau de Céleste pour le caresser, et lui confier qu’elle était désolée de n’avoir rien pu faire pour son petit.

Pour toute réponse, Céleste se tourna sur le côté et se mit à manger.

Après une injection d’antibiotique et une autre d’anti-inflammatoire, Tessa, Alain et Arthur Jacquemin quittèrent le box pour respirer un peu d’air frais. Les deux vétérinaires étaient en sueur, Tessa avait du sang, et des matières organiques sur le visage et tout le reste du corps. Elle avait pensé être dégoûtée, révulsée pour toujours ; il n’en fut rien. Malgré sa déception de n’avoir pas pu accoucher d’un petit être vivant, elle était aux anges, ravie de l’expérience, grisée par le stress et les efforts qu’elle avait fournis. Elle allait adorer être vétérinaire rurale, elle le pressentait.

— Comment va Céleste ?

Béatrice Servin s’approcha des deux vétérinaires d’un pas hésitant, timide. Ses yeux fixèrent Alain puis Tessa qui s’essuyait le visage à l’aide d’un essuie-tout.

— Elle devra être surveillée quelques jours au cas où il y aurait une inflammation quelconque, mais en dehors de ça, elle va bien. Désolée pour le petit en revanche.

L’éleveuse balaya ses excuses d’un revers de la main.

— Elle en a perdu deux autres vous savez, et en a mis au monde trois. C’est la nature, c’est comme ça. L’essentiel est qu’elle se porte bien… Merci à vous Madame… ?

— Docteur, la corrigea-t-elle gentiment Tessa. Docteur Tessa Valmont.

— Merci Docteur Valmont, et merci à toi Alain.

— Ce soir, je n’ai pas fait grand-chose. Tout le mérite lui revient.

La propriétaire de Céleste approuva d’un signe de tête avant enfin, de sourire.

— Si vous le souhaitez, vous pouvez vous nettoyer dans ma salle de bains… peut-être avez-vous faim ?

— Merci… mais non merci. La journée a été rude, j’aimerais rentrer à présent.

— D’ici à ce qu’il y ait une nouvelle urgence, pouffa Alain pendant que Tessa saluait les deux éleveurs.

— Vous n’avez pas l’air d’une vétérinaire rurale. La voix tranchante d’Arthur Jacquemin la figea sur place. C’était votre baptême du feu ?

— Je n’ai encore jamais vu une seule vache dans mon cabinet parisien. En même temps, en plein douzième, cela aurait été plutôt… compliqué. J’ai cependant toutes les qualifications requises. Je n’ai juste pas l’expérience.

— Ne vous en faites pas pour ça, vous allez l’acquérir bien plus vite que vous ne le pensez. 

Et comme ça, sans un mot de plus pour personne, il monta à bord de son véhicule tout-terrain et disparut dans la nuit noire.

Tessa jeta à Alain un regard interloqué.

— Il est bizarre ce type non ?