Prendre des risques, une bonne idée ?

Depuis Le choix de sa vie j’avais une méthode d’écriture assez cadrée. En un mois, un mois et demi, j’étais capable d’écrire un roman et de le publier. La prise de risque était minime, même si mes héroïnes pouvaient ne pas plaire.

Avec Une raison d’espérer, j’ai franchi plusieurs lignes, pris d’un coup beaucoup de risques. Premier roman narré à la première personne, et premier à contenir beaucoup de violence, qu’elle soit verbale, physique ou sexuelle. Le thème s’y prêtait et même si je me suis un peu freinée, je n’ai jamais été aussi loin. Le risque – assumé – était de dérouter mes lectrices habituelles, voire de les choquer et finalement, de les perdre.

Une raison d’espérer a été un risque oui. Je vois encore aujourd’hui, avec un commentaire Amazon, que le roman n’a pas forcément plu car trop violent.

J’aurais pu écrire sur ce thème en restant dans sur un schéma classique, rassurant. J’ai voulu une expérience différente, mettre la barre un peu plus haut, voir si j’en étais capable, si je pouvais l’écrire, le publier, et encaisser les critiques le cas échéant. Ce qui est certain, c’est qu’humainement parlant, cette aventure m’a apporté beaucoup et je ne la regrette absolument pas. Professionnelle parlant, en revanche, je m’interroge. Qu’est-ce qu’un professionnel de l’édition m’aurait dit : reste sur ton chemin et assure la fidélité de tes lectrices ou essaie et vois ce qui arrive ? La sécurité m’aurait, je pense, été conseillée.

J’ai joué l’insécurité parce que je voulais surprendre, ne pas faire du trop prévisible, et parce qu’il m’a semblé que le sujet se prêtait malheureusement à ces scènes d’horreur. La violence conjugale n’est pas qu’une gifle ou un nom d’oiseau qui fuse. C’est une torture physique et psychologique. Oui, j’ai accentué le trait, en particulier avec cette scène de viol et cette autre où Denis se déchaîne parce qu’il a peur de perdre Lily, oui, cela est insoutenable et certaines personnes peuvent  ne pas le supporter – ou l’accepter, mais si j’écris des portraits de femmes, c’est aussi pour mettre le doigt là où ça fait mal, quitte à m’attirer les foudres ou perdre des lectrices.

Dans leur grande majorité cependant les commentaires sur ce livre sont positifs. J’en déduis que prendre des risques n’est pas forcément une mauvaise chose.

Pourquoi parlé-je de cela aujourd’hui ? Parce que mon roman à venir, s’il est plus soft dans son contenu, n’en comporte pas moins un message qui peut choquer ou déranger. Des retours que j’ai eus, le personnage qui plait le plus est celui que tout le monde, naturellement, devrait détester. Celui qui, dans la vraie vie, est détesté.

Une autre prise de risque ? Définitivement, oui. A bien des égards, La femme de l’ombre est un roman “casse-gueule” pour citer une personne qui me suit depuis un moment. La barre est mise haut. Sur la forme d’abord, la manière de présenter l’histoire, avec un double point de vue, n’est pas facile à maîtriser parce que ce n’est pas ma manière habituelle d’écrire. Et sur le fond ensuite. Sans que le contenu soit trash ou violent, (le sujet ne s’y prête pas donc aucune raison de le faire), le portrait de ces deux femmes peut susciter adhésion, compréhension, ou rejet.

C’est un parti pris, volontaire et assumé. Même si j’écris de la romance, je n’ai pas envie d’être mise dans une case.

J’ignore encore si ce nouveau risque paiera ou si le livre plaira, mais une question trotte souvent dans ma tête : à ne rien tenter, que gagne-t-on ? La lassitude de ses lectrices ? Pour m’être moi-même lassée au point de ne plus pouvoir lire certains auteurs, je trouve qu’il n’y a rien de pire.

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