Sans-abris, combien sont-elles ?

Petit retour sur l’opération “nuit de la solidarité.

 

Vous l’avez peut-être lu dans votre journal préféré : dans la nuit du 15 au 16 février dernier, la mairie de Paris a lancé une grande opération destinée  à recenser les sans-abris de la capitale.

Après un calcul savant – incluant/excluant/précisant, il apparaîtrait que le nombre retenu soit 2.959.

[tweetshare tweet=”Près de 3000 SDF à Paris –  en fait, bien plus. Mais combien de FEMMES ?” username=”maude_perrier”]

Vous le savez, le sujet m’intéresse puisque dans Book 12, l’héroïne passe par la case sans-abri. Je vous en avais d’ailleurs déjà parlé à l’occasion de ma rencontre avec Judith, une sans-abri qui avait élu domicile dans l’une des rues du 17eme arrondissement de Paris, le quartier où je travaille. (A ce propos, cela fait des semaines que je n’ai plus revu Judith. Je crois que son sort a ému quelques personnes  du quartier et qu’elle a été prise en charge – tant mieux, j’espère qu’elle se trouve dans une situation plus confortable qu’au moment où j’ai fait sa connaissance.)

L’opération “nuit de la solidarité” ne révèle donc pas la proportion de femmes dans les chiffres avancés, et je trouve cela dommage. Après, je sais que parfois, distinguer la femme d’un homme est mission impossible, et je me doute bien qu’ils ne sont pas allés jusqu’à déranger les gens pour identifier leur sexe.

C’est précisément là où je veux en venir.

Au cours de mes recherches pour mon roman, j’ai appris (car non, je ne le savais pas), que beaucoup de femmes de la rue se donnent une apparence masculine pour se protéger, passer inaperçues, être invisibles. Pourquoi ? La raison est dramatiquement simple : elles sont de véritables proies sexuelles.

Le sujet est un peu tabou et cependant, oui, la femme SDF est très fortement exposée aux agressions sexuelles. Il ne faut d’ailleurs pas longtemps pour trouver sur Internet des articles sur le sujet. Rien qu’en lisant celui-ci France Info  vous aurez tout compris. Il parle d’Anne Lorient qui explique avoir été “été violée 70 fois en 17 ans de rue” ou d’une ancienne SDF qui annonce également la couleur : “J’ai été agressée sexuellement une dizaine de fois dans la rue.”

Ne pas ressembler à une femme lui permet d’être épargnée.

C’est triste, dramatique, rageant. C’est malheureusement la réalité.

Alors voilà, je ne peux m’empêcher de penser à ces femmes qui, durant cette nuit de recensement, ont été prises pour des hommes.

Je ne peux me retenir de souffrir pour elles parce qu’au quotidien, elles se sentent en si grand danger, qu’elles ne voient pas d’autre issue que celle de nier qui elles sont, en masquant les formes de leur corps, en sacrifiant leurs cheveux, leurs tenues vestimentaires ou encore, leur hygiène.

Si ce recensement est destiné à mieux aider les sans-abris, à leur apporter plus de solutions, dans quelle mesure viendra-t-il en aide aux femmes s’il a été impossible des les distinguer des hommes ?

Comments

  1. Agnès says:

    C’est déjà si difficile de se retrouver dans cette situation, malheureusement cela peut très vite arriver et à n’importe qui. Mais en plus être une femme et devoir modifier son apparence pour éviter d’être une proie quel malheur…..

    1. Maude says:

      Effectivement basculer dans l’enfer de la rue peut arriver à n’importe qui. Hélas, nous n’en avons pas toujours conscience. Être une femme dans ces conditions est dramatique à bien des titres. Et c’est vrai, perdre sa féminité est un moyen de se protéger et de survivre. Nous en sommes là ☹️

  2. Les chiffres que tu donnes me glacent le sang. Et moi qui me plains du froid en ce moment, je devrais me taire. Honte à moi.

    1. Maude says:

      Quelquefois je dis merci à la vie pour avoir un toit au dessus de ma tête et du chauffage quand dehors il fait froid. Cela peut sembler ridicule mais on ne sait jamais apprécier les choses que l’on a et que nous prenons pour acquises ☺

  3. Bibicheandco says:

    Je ne le savais pas non plus. Mais en même temps, cela paraît tristement évident dans notre triste monde ?

    1. Maude says:

      Pas faux. La réalité est parfois si horrible qu’on aimerait lui tourner le dos.

  4. La réalité est glaçante. Elle est partout et nous refusons souvent de la voir.
    Merci pour ce rappel

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