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Survivre après avoir tout perdu?

Cela n’arrive qu’aux autres. 
Voilà ce que pensait Fanny avant que Maître Delalande ne toque à sa porte et ne la mette dehors. Après son petit-ami et son travail, elle perd maintenant son appartement.
Fanny devient ce que l’on appelle une Sans Domicile Fixe, une S.D.F
Confrontée à l’horreur de la rue, la jeune femme va devoir faire preuve d’une volonté et d’un courage hors du commun pour tenir le choc. Au cours de cette épreuve, elle rencontrera le meilleur et le pire de la nature humaine.


Dans cette première partie de Fanny, de l’ombre à la lumière, vous êtes plongé.e dans l’ombre. Vous allez tomber avec Fanny, lutter, pleurer et vous débattre avec elle, parce que malheureusement, cela n’arrive pas toujours qu’aux autres.

Avis de lectrices

Au travers d'un récit pragmatique raconté à la première personne, l'auteure a su nous plonger dans l'enfer de la rue. L'histoire est réfléchie et la lecture rendue agréable par une plume fluide. A la fin de ce premier tome, on a déjà envie de poursuivre la lecture avec le second pour connaitre le dénouement final.
Leslecturesdangelique

Un avant-goût de ce qui vous attend

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 Été

Chapitre premier

Et maintenant, que suis-je censée faire ? Le supplier ? Lui faire entendre raison ? M’opposer à lui ? À quoi bon ? Ce type fait la sourde oreille. Pire, il s’en fout. Et si j’insiste de trop, il appellera la police. Mais zut alors, il n’est pas possible que j’en sois arrivée là ! Je n’ai pas mérité ça !

— Madame Élancourt ? Vous écoutez ce que je vous dis ?

Pour ça oui ! Je t’entends me parler de procédure, de devoir, d’obligation. T’écouter en revanche, ça non, sauf si tu as une solution pour moi. L’as-tu ?

— Il est grand temps de prendre vos affaires et de partir.

— Vous ne pouvez pas me faire ça, Maître Delalande. Je vous en prie ! Je n’ai nulle part ailleurs où aller.

L’homme qui détruit ma vie me dévisage sans témoigner la moindre compassion.

— La procédure est en cours depuis près de deux ans, Madame Élancourt. Vous avez eu tout le temps nécessaire pour vous trouver une solution de repli. Vous avez été prévenue.

Je dirais plutôt menacée : rappels de loyer, mises en demeure, convocations, assignations, astreintes, avis d’expulsion…

— Vous connaissez ma situation mieux que personne, insisté-je désespérément. Mon dossier n’a jamais été prioritaire… Ceci dit, je me sens beaucoup mieux à présent, je pense être capable de retrouver rapidement un emploi. Si vous pouviez m’accorder un délai supplémentaire…

Il secoue la tête.

— Il aurait fallu réagir avant. À présent, il est trop tard.

Oui, je sais. Seulement quand Joël m’a plaquée, je suis tombée au fond du trou, et la faillite de mon employeur quelques semaines plus tard a fini de m’achever. En pleine dépression nerveuse, j’ai été incapable de rebondir. Évidemment que j’aurais dû me bouger, chercher un nouveau travail et aller de l’avant ! Seulement je me suis laissé bouffer par ma détresse.

— Je n’ai pas d’emploi, Maître, et plus aucune ressource. Comment je peux faire…

— Madame Élancourt, pardonnez-moi, mais je connais l’histoire. J’étais là depuis le début ou presque, vous vous souvenez ? Votre situation est délicate en effet cependant celle de votre propriétaire l’est tout autant. Il s’agit d’un retraité qui vit en grande partie des loyers que vous lui versez.

— Alors ? soufflé-je, vaincue par ce mur semblable à tous ceux contre lesquels je me cogne depuis vingt mois.

— Voici, fait-il en griffonnant dans un petit carnet dont il arrache une feuille. C’est le numéro du SAMU social. Si vous avez besoin d’un lit pour cette nuit, contactez-les.

Le SAMU social ? Cette enflure d’huissier me propose de dormir dans un endroit où il y a des gens drogués et alcooliques ? Où tu rentres avec tes affaires et en ressors à moitié dépouillée – quand tu as eu la chance de ne pas te faire agresser ? Hors de question !

— Je termine de rédiger votre procès-verbal d’expulsion pendant ce temps, faites vos bagages s’il vous plaît.

— Vous êtes pressé de me foutre dehors ? 

— Écoutez Madame Élancourt, je suis mandaté pour mener à bien cette procédure, pas pour discuter une décision qui a déjà été tranchée par la justice.

Le mot me fait bondir. Où se trouve-t-elle dans mon cas ? Merde à la fin ! Je ne suis fautive en rien, mais c’est moi qui dois en subir les conséquences, avec un huissier, un papier, et deux mecs potentiellement prêts à en découdre !

— Qu’adviendra-t-il de mes meubles ?

— Ils seront démontés puis transférés dans un garde-meubles. À partir de là, vous aurez deux mois pour venir les récupérer, sinon le juge de l’exécution statuera sur leur sort.

Deux mois ? Il faudra donc que je trouve rapidement de quoi me loger… mais comment sans travail ? Le poids de ce qui m’attend me pèse soudain avec une telle force que je courbe le dos. C’est trop. Et trop dur. Mon visage dans mes mains, je pleure sans me cacher. L’huissier s’en cogne, les déménageurs aussi. Ils ne sont pas là pour toi Fanny, ils viennent s’assurer que tu vides bien les lieux.

Vaincue, je me détourne de Maître Delalande qui pour moi, s’apparente à la Faucheuse et cherche mes sacs de voyage. Ils me paraissent si petits ! Qu’est-ce que je vais bien pouvoir mettre à l’intérieur ?

Déprimée, désespérée, j’ouvre mon armoire. De quoi a besoin une personne sur le point de se retrouver à la rue ? D’un jean certainement et de tee-shirt. D’un sweat, j’imagine, et bien sûr, de chaussettes, de culottes, de bas… J’ai l’impression que rien de ce que je prends ne suffira. Alors je remplis, je tasse et bourre autant que possible.

Évidemment, la fermeture éclair se bloque.

— Madame Élancourt ? Vous y arrivez ?

Il n’y a pas de sollicitude dans sa voix, seulement de l’impatience. Il a hâte d’en finir pour pouvoir expulser une autre personne.

— Ça aussi, vous auriez dû le préparer plus tôt. Ce n’est plus le moment de réfléchir.

Purée si je ne me retenais pas, je crois que je lui collerais ma main au travers de la tronche ! Qu’y gagnerais-je ? Les flics, une garde à vue, une nuit en prison… au moins la question du toit pour ce soir serait réglée. L’idée est cependant peu séduisante alors je ne m’y attarde pas. Frénétiquement, je continue à regrouper mes affaires.

Mes papiers officiels, ma carte d’identité, je les range dans un sac à dos. Je recompte l’argent que j’ai dans mon porte-monnaie : vingt-cinq euros. Pour le cas où il y en aurait ailleurs, je fouille les tiroirs. Je n’en trouve pas, mais je mets la main sur une photo qui m’arrache de nouvelles larmes. Papa, maman, Jordan et moi. Nous étions heureux en ce temps-là. Maman… Quel soulagement de savoir que c’est Jordan qui prend en charge tous ses frais de santé ! Même si tous les deux ne communiquons pas beaucoup, au moins, il est là pour elle. Si elle n’avait dépendu que de moi, la pauvre…

— Bon, Madame Élancourt, cette fois, nous devons en finir !

Je me retourne. Il hausse les sourcils, me fait signe de m’activer. Derrière lui, un malabar attend, j’ignore quoi. Un mot peut-être ? Un prétexte pour foncer sur moi, me soulever de terre et me conduire dehors sans que je puisse ne rien faire ?

— J’ai terminé, murmuré-je, sans être convaincue d’avoir emporté ce qu’il fallait.

Quand j’empoigne mes sacs, je prends la mesure de leur poids. Je ne pourrai pas les trimballer bien longtemps. Le sac à dos ça ira, mais ces deux-là ? Impossible.

Alléluia : nous nous mettons en route !

Bravache parce que je suis hors de moi, je joue la provocation.

— Je serai de retour ici, ce soir même.

Delalande croise ses bras sur sa poitrine.

— Je vous le déconseille fortement. Si vous forcez cette porte, vous commettrez un délit pénal. Vous n’êtes plus chez vous, Madame Élancourt.

Vous n’êtes plus chez vous. C’est une claque énorme. J’ai vécu ici près de cinq ans et là, d’un seul coup, cet endroit qui a été mon premier appart, ne l’est plus.

Joël, je te maudis comme jamais ! Toute cette merde, c’est à cause de toi, salaud !

— Voici votre procès-verbal d’expulsion. Si vous êtes prête, nous pouvons poursuivre.

Bien sûr que non ! J’ignore où aller ! Je n’ai personne vers qui me tourner ni chez qui me réfugier. Maman est en maison de santé, Jordan est sorti de ma vie, et mes « amis » ont pris leurs distances depuis un moment.

Quand je pense que j’avais tout ! Que ma vie était parfaite ! J’avais un compagnon que j’aimais éperdument, un travail qui me plaisait et des amis à la pelle. C’était le pied ! Je ne comprends toujours pas ce qui est arrivé. Qu’est-ce que j’ai loupé ?

Une main sur mon épaule me fait revenir à la réalité. Rapidement, je me dégage. Que ce sale bonhomme ne me touche pas !

— On se calme, me dit-il.

Puis il m’indique le couloir qui conduit à l’entrée. Sans esclandre et sans bruit, je l’emprunte avant de glisser mes sacs dans la cage d’ascenseur. Maître Delalande ferme la porte à clef, les malabars me suivent. À ce que je comprends, ils vont m’escorter jusqu’au bout, des fois que… Je me fais l’effet d’être une criminelle que l’on amène en prison.

Les portes s’ouvrent.

— Prenez soin de vous, Madame Élancourt.

Il me tend la main. Je réponds en plantant mon regard dans ses yeux d’un bleu glacé.

— Allez au diable !

Puis j’attrape mes sacs.

— Ne le prenez pas ainsi, Madame Élancourt, je n’ai fait que mon travail.

— Votre job est inhumain et pourri, claqué-je avant d’appuyer sur le bouton qui fait ouvrir la porte de l’immeuble.

Dans la rue, je vois sa voiture et le camion des déménageurs. Toute cette mobilisation pour de simples loyers impayés ? Machinalement, je lève les yeux vers la fenêtre qui était celle de ma cuisine. Tout à côté, mon voisin observe ce qui se passe. Deux étages plus bas, c’est la dame aux deux chats.

La colère s’efface devant la honte. En dépit des sacs qui me pèsent déjà un peu, j’avance d’un pas rapide, décidée à fuir au plus vite l’endroit de mon humiliation.