Cinq raisons d’écrire et de publier sous un pseudonyme

Qu’est-ce qui pousse certains auteurs à se cacher derrière un pseudonyme ; est-ce qu’un écrivain, finalement, possède une existence réelle ?

Paul Auster

Comme beaucoup d’autrices et d’auteurs, j’ai choisi de publier mes romans sous un pseudonyme. Si la pratique n’est pas nouvelle, elle se systématise un peu à l’heure d’Internet. Les auteurs (mais aussi les blogueurs) ont tendance à masquer leur identité lorsqu’ils sont en ligne.

Pour quelle(s) raison(s) ? Pourquoi ne publie-t-on pas sous nos vrais noms et prénoms ?

A cette question? il y a de nombreuses réponses. J’en ai choisi cinq, celles qui me paraissent être les raisons les plus fréquentes ou les plus évidentes.

1. Pour vivre heureux, vivons cachés.

Certains auteurs choisissent un pseudonyme pour garder leur activité d’écrivain sinon secrète du moins discrète. Cette raison fait partie de celles qui m’ont poussée à publier sous le nom de Maude Perrier. En effet, je n’avais pas envie que les gens me jugent ou me découragent avec leurs doutes ou leur scepticisme. Avoir un rêve et vouloir le réaliser, dans un monde entraîné à ne plus rêver, n’est pas chose facile ; se lancer non plus. Alors, plutôt que de crier sur les toits que j’allais essayer de ranimer la flamme qui me consumait adolescente, j’ai choisi de prendre un pseudonyme pour pouvoir exercer cette activité en toute tranquillité, sans avoir besoin de me justifier ou de rendre des comptes.

2. Les lecteurs veulent qu’on prenne soin d’eux

Le pseudonyme permet aussi à un auteur d’écrire et de publier dans différents genres littéraires. Personne ne nous interdit d’écrire à la fois de la science fiction et des thrillers, mais il est déconseillé de le faire. Pourquoi ? A cause des lecteurs.

Je m’explique. Si quelqu’un aime mes romans parce qu’ils correspondent à ses attentes en matière de romance, d’émotion, de réalisme, il espère renouveler l’expérience à chaque nouveau livre. Mais si le prochain que je publie est une science-fiction déjantée ou un policier sans romance, ce même lecteur qui? peut-être, l’aura acheté les yeux fermés, ne sera-t-il pas déçu ? Dérouté ? N’aura-t-il pas l’impression d’avoir été induit en erreur ?

Évidemment, vous me direz qu’en lisant la quatrième de couverture, il aurait pu s’apercevoir que ce nouveau titre serait différent des autres. Exact. Mais alors, la confiance qu’il avait jusque-là placée en moi se sera évanouie. Écrire une série de livres, construire son lectorat, établir une relation de confiance avec les personnes qui nous lisent sont des choses qui prennent beaucoup de temps. Mieux vaut donc ne pas prendre le risque de tout détruire, et préférer publier sous un pseudonyme des romans de genres différents.

3. Dommage la place est déjà prise !

Un seul mot : homonyme

Il n’y a pas qu’à l’aéroport ou à la banque qu’avoir le même nom qu’une autre personne peut être un problème. Si vous vous appelez Joanne Rowling, Dan Brown, Danielle Steel, Guillaume Musso… et que vous souhaitez vous lancer dans l’écriture, vous êtes bons pour vous trouver un pseudonyme. Aucune possibilité de faire autrement. Certes, vous n’êtes pas responsable, vous n’avez pas choisi votre nom et votre prénom, mais pas de chance, un autre vous a grillé la priorité. Il ne vous reste plus qu’à faire preuve d’imagination et trouver vous rapidement un nom pour porter haut la bannière de vos écrits.

Je vous donne là des exemples plutôt sympathiques, mais imaginez que vous vous appeliez comme un criminel ou un terroriste ! Si vous espérez faire votre trou dans l’édition, il vaut mieux tout de suite réfléchir à un pseudonyme (à moins d’écrire un témoignage).

4. Ils n’ont rien demandé.

Quand vous écrivez un certain genre de livres, en particulier de la romance érotique, il est plus prudent de publier sous un pseudonyme. Effectivement, cette “couverture” est un moyen de protéger votre famille et vos enfants. Dit ainsi, cela peut faire lever les yeux au ciel, et cependant… A t-on envie que son enfant soit moqué et pointé du doigt dans la cour de l’école parce que maman écrit des livres sexuellement explicites ? Est-on prêt à s’entendre proposer une séance de bondage parce qu’on est l’auteur de romans BDSM ? Sommes-nous tous capables d’affronter le regard d’un parent lecteur ?

En publiant l’auteur s’expose, il devient vulnérable. Or ce n’est pas parce que vous écrivez une romance BDSM que vous le pratiquez. Ce n’est pas parce que l’un de vos personnages a commis un meurtre que vous en avez commis un.

La fiction est bien ce qu’elle est, une pure création de l’esprit. Mais vous aurez beau rappeler que toutes les ressemblances ne sont que de pures coïncidences, il y aura toujours des personnes qui ne distingueront pas les mots de l’auteur de l’auteur lui-même.

Le cas des autobiographies aussi peut nécessiter le recours à un pseudonyme. C’est le cas lorsque vous révélez des faits susceptibles de heurter, d’embarrasser, de compromettre, des personnes qui sont dans votre entourage ou qui vous connaissent. Si vous changez les prénoms dans votre récit mais que vous le publiez sous votre véritable identité, le risque que ceux concernés vous reconnaissent est bien réel. Mieux vaudra utiliser un pseudo si vous voulez rester dans le plus complet anonymat.

5. Sexisme ? Meuh non, il est loin le temps de George Sand !

Un homme écrit une dark romance. Une femme, un thriller militaire. Cela vous dérange-t-il ? Achèteriez-vous l’un de ces romans ? Oui, bien entendu. Le sexe de l’auteur n’a aucune incidence. Nous ne sommes plus au 19ème siècle.

Non ?

Prenez alors une femme qui écrit l’histoire d’un petit sorcier. Nous voilà en 1997 avec le premier opus de Harry Potter.

Parce que le lectorat visé par la maison d’édition était des petits garçons, il a été jugé préférable que Joanne Rowling masque son prénom – et donc son sexe. Harry Potter à l’école des sorciers a ainsi été écrit par J.K Rowling.

A bien y regarder, je crois que malgré nous, nous avons certaines idées bien arrêtées sur qui est jugé plus apte à écrire quoi.

Un homme qui écrit une romance, et en plus du point de vue de l’héroïne ? Quel serait votre premier réflexe ? Passeriez-vous votre chemin ou iriez-vous plus loin dans la découverte du récit ?

Je vous confesse que je serais dubitative. Qu’un homme écrive une romance d’un point de vue masculin pourquoi pas, mais qu’il se mette dans la peau d’une femme ? Je crois que je préférerais une roman de femme écrit par une femme plutôt que par un homme.

Vous avez pu le constater, écrire sous un pseudonyme est parfois préférable, parfois une nécessité. Personnellement, je l’ai choisi pour pouvoir écrire et publier en toute tranquillité. Néanmoins je vous avoue que parfois – souvent, je suis à la peine. Cela me parait tellement paradoxal de vouloir être authentique et sincère et me présenter sous un nom différent du mien ! Tellement que par moment, je ne peux faire autrement que dire : au fait, je m’appelle…

La double identité que sous-tend l’usage d’un pseudonyme me met mal à l’aise malgré tout, et parfois je me demande, n’y a t il pas un risque de se perdre ?

Comments

  1. Très bonne analyse de l’utilisation des pseudonymes. Pour ma part, si j’étais auteure, j’en choisirais également un.

    1. Maude says:

      Le plus difficile est d’en trouver un 🙂

  2. Émérance says:

    Waouh, quel article! Tu as vraiment cerné tous les aspect du problème d’un pseudo. Je ne peux qu’adhérer. C’est vrai, que la double identité peut poser un cas de conscience, un mal être. Mais on sait très bien aussi, que son vrai patronyme peut engendrer, même si je le déplore, une forme de rejet ou être la cause d’ennuis. (Ça commence déjà souvent à l’école) Alors si pour assouvir une passion dévorante, on doit en passer par là et bien tant pis. Ce n’est pas toi qui refuse ton propre patronyme, ce sont les autres qui le rejettent.

    1. Maude says:

      Merci Émérance. ?

  3. Shalimar says:

    J’ai publié mon 1er roman sous mon propre patronyme avant d’opter pour un pseudonyme pour mon 2ème roman et tous ceux qui suivront. Avoir un pseudonyme est plus confortable, on redoute moins le jugement d’autrui et on se sent plus libre de franchir certaines limites. Je crois aussi qu’avec un pseudo, l’ego est moins présent. On s’efface au profit de nos personnages, c’est l’œuvre qui est mise en avant et non l’auteur !

    1. Maude says:

      Oui Shalimar, je suis bien d’accord avec toi. Le recours à un pseudonyme offre une vraie liberté d’écriture, et une relative protection (notamment comme tu le dis, par rapport aux critiques). Néanmoins parfois je trouve cela pesant et difficile à gérer.

  4. Sylvie says:

    Bonjour Maude,

    Fan de la première heure, je tiens tout d’abord à vous féliciter pour votre talent (qui sera reconnu par tous très bientôt, n’en doutez pas).

    Concernant votre article, je me pose une question : N’est-ce pas paradoxal de publier sous un pseudonyme et dans le même temps, de diffuser sa photo sur les plateformes ? J’avoue que j’ai du mal à comprendre, l’argument de protéger sa famille ne tient plus.

    Et qu’en est-il des auteurs qui annoncent sur leur blog ou leur page facebook la sortie de leurs livres, quel que soit le genre littéraire ? Même s’ils écrivent sous des pseudonymes différents, le lecteur n’est pas dupe (enfin, je l’espère !).

    Et si tout simplement, l’auteur cachait ses peurs et ses angoisses sous un pseudonyme ? Allons plus loin, sa susceptibilité, son orgueil ? Pour l’avoir déjà expérimenté, quand j’étais confrontée à une critique acerbe, elle m’atteignait moins parce qu’elle était destinée à mon alter-ego. En revanche, quand je recevais un commentaire dithyrambique, j’avais envie de crier mon nom (le vrai !) au monde entier.

    Tout être humain aspire à être ce qu’il est au sens fort du thème. Parfois, nous nous égarons, obsédés par nous-mêmes et un jour, nous trouvons le chemin. Alors, nous affrontons le vertige de l’existence sans faux-fuyants et sans masque.

    1. Maude says:

      Tout d’abord merci Sylvie pour votre compliment.
      Je suis entièrement d’accord avec votre analyse et votre très jolie conclusion. Là est en effet toute la complexité du pseudonyme. D’un côté nous en prenons un pour nous protéger, mais de l’autre nous voulons dire aux gens : ouh ouh, c’est moi qui ai écrit ça.
      S’exposer et s’épargner. Deux irréconciliables.
      Alors oui, je crois que lorsque nous sommes prêts à tout assumer, les louanges et les critiques, le regard des autres, les doutes, les hésitations, les t’es sûre de toi ? t’es folle, personne ne va te lire ! Oh la la mais il y a du sexe dans tes romans !, lorsque nous sommes arrivés au point où enfin, nous avons compris qu’être soi-même et vivre sa vie est plus important qu’un doigt pointé, un rire moqueur ou un rejet, à ce moment-là, les masques sont inutiles. 🙂

  5. MamanSEM says:

    Très bel article qui m’apprends beaucoup sur la question de l’anonymat. C’est vrai que pour le moment j’y tiens énormément, pas de photos de moi sur mon blog. Dans mon cas, c’est pour moi. Comme tu as su le dire, il faut se sentir prète à affronter et assumer le regard des autres. L’anonymat me permet de garder encore une certaine liberté d’expression. J’ai une question concernant le choix du pseudo: comment fait-on pour vérifier la disponibilité d’un pseudo pour un auteur?
    Je te remercie d’avance pour ta réponse.

    MamanSEM

    1. Maude says:

      Merci. Le pseudo est une invention libre. Mais il est possible de le déposer à l’INPI, donc regarder de ce côté-ci et voir quelle classe il concerne. Sinon, je te dirais qu’il faut regarder les noms de domaine sur Internet. Si un auteur a un site avec le nom de plume que tu souhaites, ou même une page FB, alors c’est qu’il est déjà pris. 🙂

  6. Schardner says:

    Mais une femme qui écrit un roman militaire et qui n’a jamais tenu une arme,
    peut faire des erreurs qui décontenancera son lecteur masculin ( et il y en a). Idem pour un homme qui écrit un livre de cuisine sans n’avoir jamais tenu une casserole. D’accord le talent n’est pas une question de sexe mais il ne faut pas dépasser ses compétences.

    1. Maude says:

      C’est vrai, toutefois les compétences peuvent s’acquérir. Il y a des auteurs et des autrices qui font des recherches extrêmement poussées, n’hésitant pas à s’impliquer personnellement pour rendre leur roman aussi crédible que possible. 🙂

  7. Bonjour
    En cas de double identité, comment faites-vous pour dédicacer à un Salon du livre?
    Or, on sait bien que si l’auteur n’est pas présent sur le terrain, il reste invisible.
    Cela voudrait-il dire qu’à chaque Salon, il ne présente qu’une partie de son travail?

    1. Maude says:

      Bonjour, je pense que tout est histoire de communication, de la manière dont on se présente. Ceci dit, je ne fais pas de salon pour le moment.

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